Formé au Conservatoire Giuseppe Verdi de Milan, Alfonso Caiani débute en 1994 comme Maestro du chœur d’enfants Voci Bianche du célèbre Teatro alla Scala, avant de devenir chef du chœur de la même institution en 2003. Depuis 2009, il officie désormais au chœur et à la maîtrise du Théâtre du Capitole. Alfonso Caiani collabore régulièrement avec d’autres institutions, et notamment le chœur de Radio France.

Alfonso Caiani © Patrice Nin
Alfonso Caiani
© Patrice Nin

Qu’est-ce qui vous a amené vers la direction de chœur ?

Alfonso Caiani : C'est tout d’abord mon amour pour l’opéra, que j'écoute depuis mes 13-14 ans, mon père étant un grand passionné du genre lyrique. Et puis, j'ai une grande passion pour les chœurs ; depuis le collège, j’ai toujours chanté dans des chœurs polyphoniques. Enfin, c’est le hasard : lors de mes études au Conservatoire de Milan, j'ai rencontré le chef de chœur de la Scala qui avait alors besoin d’un assistant. J’étais jeune, j’ai accepté tout de suite. Parti de là, je suis entré dans ce tourbillon.

Donc à la fois un intérêt et une opportunité ?

A. C. : L’intérêt oui, parce que la passion de la musique est là depuis toujours. L’amour de la musique et de la voix.

Etiez-vous déjà venu à Toulouse avant votre prise de fonction en 2009 ?

A. C. : Je ne connaissais pas cette ville, mais j’ai répondu à l’appel de Frédéric Chambert. Jusque là, j’avais fait beaucoup de freelance : à Radio France, à Milan... Mais jamais je n’avais été permanent comme chef de chœur dans un théâtre.

Pourquoi ?

A. C. : Par refus de m’enfermer dans une routine. Quand on est jeune, on préfère bouger. C’était sans doute la crainte d’un manque de liberté. C’est un choix personnel, humain, plus qu’un choix professionnel. Et cela m’a réussi, puisque j’entame à Toulouse ma huitième saison. Tout va bien, le rapport avec le Théâtre et la ville est toujours aussi agréable.

Il y a eu une petite évolution sous votre direction : la création de la maîtrise. Pourquoi une telle création ?

A. C. : A la Scala, je travaillais souvent avec des chœurs d’enfants, mais à Toulouse, il n’y en avait pas. J’ai proposé à Frédéric Chambert de monter une maîtrise avec des enfants qu’on sélectionnerait suite à une audition. Je me suis rendu compte dès la première répétition que c’était quelque chose qui m’avait manqué, mais sans le savoir. La création du son et la pédagogie du chant sont des aspects à propos desquels je suis particulièrement enthousiaste.

En effet, vous intervenez auprès d’un jeune public au tout début de sa formation. Travaillez-vous de la même manière avec une maîtrise et un chœur d’adultes ?

A. C. : La technique vocale qu’on enseigne aux enfants, la respiration, la position de la voix, les résonateurs, la position des voyelles, l’émission... tout cela est identique. Si l’instrument présente des différences, la base de la technique vocale est similaire. La différence tient au fait qu’avec un chœur d’adultes, on parle très peu de technique. Ce sont des professionnels avec leur parcours d’étude et ma tâche est de chercher à homogénéiser les techniques, la couleur, l’émission et surtout la justesse. Tandis qu’avec la maîtrise, il s’agit vraiment de former la technique. C'est un travail plus approfondi du point de vue de la voix, ce qui me plaît beaucoup.

Le chœur du Théâtre du Capitole © Patrice Nin
Le chœur du Théâtre du Capitole
© Patrice Nin

Lorsque vous montez un opéra, comment vous coordonnez-vous avec l’orchestre, les chefs invités et les chanteurs ?

A. C. : Il y a un travail de base commun à toute production : le langage, la recherche de la justesse, la couleur. Si l'on s’adapte évidemment au style de l’époque, aux volontés du chef et aux exigences du répertoire, la façon de travailler est spécifique à chaque chœur et à chaque chef de chœur. Quand un chef d’orchestre invité arrive, il trouve un instrument préparé, capable d'indépendance sur scène. La plupart du travail est effectué par le chef de chœur en répétition ; c'est sur cette base que le chef invité construit son interprétation. Pour le baroque, c’est un peu différent, car il faut parler du style.

Voyez-vous des différences entre les publics français et italien ?

A. C. : Le public du Capitole est un public mélomane, très chaleureux, montrant beaucoup d'enthousiasme au salut. Le public est quelque-chose de spécifique à chaque théâtre, à chaque ville — du moins historiquement. Parme, par exemple, a longtemps été un passage redouté par les ténors, parce que le public y était particulièrement exigeant — la ville est proche de Busseto, où Verdi est né. C'est un peu pareil à la Scala, en raison de sa tradition plus bourgeoise. Avec le temps cependant, et surtout depuis les années 70, la différence entre les publics s’est sûrement nivelée, en raison de la globalisation de la scène lyrique elle-même — les mêmes chanteurs et metteurs en scène se retrouvant en Italie, en Allemagne, en France… Certes les chanteurs ont toujours voyagé, mais les moyens de communication sont aussi à prendre en compte : la télé, l’internet, ont formé un goût un peu plus homogène. Du moins, c’est mon opinion. Le mélodrame est européen maintenant.

Vous traitez un répertoire qui est très vaste. Comment travaillez-vous ? Avez-vous un répertoire de prédilection ?

A. C. : On a désormais un répertoire très varié, très international, qui va du baroque au contemporain. Les chœurs d’opéra doivent aujourd’hui aborder tous les styles avec leurs spécificités, ce qui représente un vrai changement. Encore dans les années 60, la Passion selon St Matthieu était chantée de façon lyrique, par exemple. Les chœurs doivent être beaucoup plus sensibles, beaucoup plus souples. Certes, il y a aussi des chœurs spécialisés qui ne font que du baroque, mais ce sont rarement des chœurs d’opéra.

Et vos préférences ?

A. C. : Verdi est selon moi un des plus grands génies du théâtre musical ; Wagner est aussi une des mes passions depuis toujours. Mais il y a de nombreux compositeurs que j’aime, quelle que soit leur époque. J'ai une passion particulière pour Janáček, bien que ses opéras ne soient pas des opéras choraux (et ce malgré la présence de chœurs dans sa Messe glagolitique). Mais c’est un compositeur que j’aime beaucoup et qu’on aborde moins, même s’il figure de plus en plus au répertoire des grandes scènes lyriques internationales.

S'il y a des compositeurs que je préfère, ce qui m’intéresse le plus est de trouver une couleur qui soit adaptée à chaque œuvre, et cela peut être un réel défi !

Y a-t-il un concert qui vous a particulièrement marqué à Toulouse ?

A. C. : Le concert de Noël, qui est toujours bondé. C’est un événement dont je suis fier, car il n’existait pas auparavant. Chœur et public sont heureux et reconnaissants d’y participer, et il en va de même avec le concert de printemps. Je pense également à Jeanne d’Arc au bûcher, donné il y a trois ans à la Halle aux Grains. C’est une partition très théâtrale, surtout pour le chœur, sans compter que l’écriture musicale y est sublime. C’était une grande expérience en compagnie de l’ONCT et de Kazuki Yamada.

Un autre bon souvenir est le Samson et Dalila donné à la Halle aux Grains, puis à Paris, Salle Pleyel, sous la direction de Tugan Sokhiev. Pourquoi ? En raison de la qualité de l’œuvre, et surtout de la cohésion entre le chef, l’orchestre et le chœur.

Evidemment, j’aime les opéras où il y a beaucoup de chœur. Pour un chef de chœur, faire Aïda, Nabucco, Samson et Dalila, Parsifal, c’est exceptionnel. Et j’ai la chance de pouvoir travailler régulièrement aux côtés de grands chefs d’orchestre, avec lesquels le travail du chef de chœur est valorisé. Malheureusement, il peut arriver qu’un chef d’orchestre casse le travail fait en amont. Mais ce n’est jamais le cas avec un grand chef, qui sait tirer profit du travail effectué ; sans le dénaturer, il sait le pousser à son maximum.

Vous travaillez en ce moment la Messe en ut justement pour le concert de Noël ?

A. C. : Oui, on l’a déjà travaillée l’année passée, le chœur est presque prêt. Un tel programme est un choix personnel. Le défi est d’amener le chœur vers des répertoires moins conventionnels. On a fait Mozart, Schubert, Beethoven, on a même fait du baroque il y a six ans avec des grands ouvrage de Monteverdi et Giovanni Gabrieli. Le Chœur du Capitole est né comme chœur d’opéra, mais élargir le répertoire est un défi qui plaît aux choristes.

C’est aussi un concert où vous mêlez les répertoires avec des chants traditionnels.

A. C. : C’est une suggestion que je me suis permis de faire à Frédéric Chambert qui, en homme intelligent et directeur raffiné, a tout de suite compris l’idée. On voulait proposer une œuvre du grand répertoire de la musique classique en première partie et des chants de Noël dans la seconde. Il s'agit là de chants issus de la tradition anglo-saxonne, des oeuvres très vivaces mêlant toutes les traditions européennes du chant de Noël. Cette seconde partie permettra également de faire participer les familles et le public.