Réinterprétant plus de vingt ans après sa création Verklärte Nacht (La nuit transfigurée) Anne Teresa De Keersmaeker en livre une version plus épurée et resserrée, touchante par instants mais qui ne marque pas les esprits.

© Anne Van Aerschot
© Anne Van Aerschot

Inspirée d’une œuvre de jeunesse d'Arnold Schönberg et du poème éponyme de Richard Dehmel La Nuit transfigurée raconte l’histoire d’une jeune femme avouant à son amant qu’elle porte l’enfant d’un autre homme, lors d’une promenade dans une forêt.

La première version de ce ballet, que certains ont pu voir à l’Opéra de Paris cette saison, s’éloignait du ballet narratif et multipliait les personnages, chacun des six couples représentant un aspect des relations hommes femmes. Dans cette nouvelle version, créée pour sa propre compagnie, Rosas, de Keersmaeker concentre l’action sur un seul couple, malgré la présence furtive au début d’un autre homme, vraisemblablement le père de l’enfant. Elle renoue également avec le ballet narratif, contraste saisissant avec le minimalisme qui fit sa renommée.

Aucune forêt ici, juste un plateau noir et vide sur lequel évoluent les trois danseurs. Pour quiconque n’a pas lu le poème ou ne connait pas l’histoire avant de venir, la tâche se révèle ardue.

Nous entrons directement dans l’action, alors que surgit un couple qui danse sans aucune
musique. Nordine Benchrof interprète un homme sûr de lui, possessif. Il disparait très vite au
profit d’un autre homme, Igor Shyshko, qui réinterprète les mêmes gestes de façon légèrement
plus douce, avant de s’en démarquer.

Ce couple, aux costumes un peu vieillots qui ne sont pas sans rappeler l’esthétique de Mats Ek, ressemble à un couple normal, symbole d’une humanité confrontée dans son quotidien aux mêmes questions fondamentales.

On retrouve dans ce ballet le vocabulaire de de Keersmaeker : répétition des mouvements, courses sur le plateau, spirales… La gestuelle est parfois trop mécanique et les mouvements se répètent sans que le sens soit forcément évident. Les tensions dans les deux couples sont bien perçues, tout comme la douleur de cette femme, mais si le livret nous révèle que « certains autres gestes proviennent d’un manuel destiné aux hommes voulant assister leurs femmes pendant le travail de l’accouchement » le résultat visuel reste en partie énigmatique. La scène où la danseuse se roule par terre pour montrer son désespoir laisse perplexe, tout comme l’utilisation répétée des diagonales des plateaux et des courses sur le plateau. Certains portés rappellent les sculptures de Rodin, et se révèlent de vrais moments de grâce. Ce ballet semble cependant parfois plus proche d’un exercice stylistique que d’une œuvre « effrontément romantique » pour reprendre l’expression de la chorégraphe. Ce couple aurait pu exprimer le romantisme latent de l’œuvre de façon plus incarnée. L’aspect narratif de l’œuvre se retrouve dans la danse qui devient de plus en plus passionnée et sensuelle au fur et à mesure que le couple se rapproche. En parallèle, danse et musique se rapprochent pour ne former plus qu’un seul être, tout comme le couple enfin réconcilié. La danse retranscrit alors douceur, confiance et tendresse.

Un ballet à la poésie épisodique…

***11