A travers un programme majoritairement néoclassique, Helgi Tomasson nous propose un parcours chorégraphique émaillé d’œuvres désormais inscrites dans la tradition de la danse et de chorégraphies plus récentes. Un voyage visant à enrichir notre connaissance de la danse et à exposer en scène les qualités de sa troupe !

The Fifth Season, création d' Helgi Tomasson (2006) directeur du San Francisco Ballet offre une entrée en matière très classique et dansante. Œuvre d’un chorégraphe qui a à cœur de laisser s’exprimer la virtuosité de ses interprètes, The Fifth Season comprend plusieurs mouvements aux tonalités variées portés par la musique originale de Karl Jenkins. Le duo formé par Frances Chung et Davit Karapetyan présente deux variations précises et claires. La valse interprétée par les couples Sofiane Sylve - Luke Ingham et Yuan Yuan Tan - Damian Smith nous transporte dans un univers musical plus cadencé et plus distingué, bien que la symbiose manque légèrement d’exactitude, faussant à la marge certains effets de miroir entre les deux couples. L’on observe le même flottement sur le tango interprétée par Sofiane Sylve, impression passagère qui n’entame pas pour autant notre plaisir devant cette chorégraphie rythmée et au caractère assumé par ses interprètes. Enfin, les "Largo" et "Finale" clôturent avec douceur et gaité la pièce de Tomasson, dont les représentations au sein du Festival sont des premières en France

L’on enchaîne ensuite sur un classique de George Balanchine, l’Allegro Brillante (1956) sur le Concerto pour piano n°3 de Tchaïkovski. Si l’Allegro Brillante n’est décidément pas l’œuvre la plus novatrice de Balanchine, elle apporte ce qu’il faut de lyrisme et de contrastes à son approche néoclassique. Mêlant la vitesse et la technique à un romantisme délicat, l’œuvre joue sur les nuances et les styles. Mais c’est avant tout Maria Kochetkova, aux côtés de Carlos Quenedit, qui nous procure un véritable émerveillement par sa fraîcheur et sa technique irréprochable.

Solo, du chorégraphe hollandais Hans van Manen, présente une véritable rupture dans le programme de la soirée. Le retour à la musique baroque de Bach qui frôle le minimalisme – un violon solo enregistré sur une bande-son remplace d’ailleurs l’orchestre Prométhée – tranche avec les élans plus romantiques ou rythmés des compositions orchestrales. L’écriture contemporaine de Van Manen, chorégraphe en résidence au Nederlands Dans Theater au moment de la composition de l’œuvre, s’oppose également au lyrisme de l’ensemble du programme, tant dans son langage chorégraphique que dans sa structure. Se supplantent en effet aux pas-de-deux et aux suites de variations le motif d’un solo énergique et fluide, dansé par trois danseurs, qui se passent tour à tour le flambeau. Solo met avantageusement les hommes à l’honneur, trop souvent confinés dans des rôles de partenaires secondaires lors des pas-de-deux précédents. Les trois interprètes masculins, Hansuke Yamamoto, Joseph Walsh et Gennadi Nedvigin, semblent ainsi s’épanouir dans un élan libérateur qui vole de l’un à l’autre comme un souffle.

La représentation s’achève sur la création Within the Golden Hour (2008) du jeune chorégraphe Christopher Wheeldon. La composition donne au langage classique une couleur orientale, lui conférant un soupçon de volupté. Un intéressant travail est effectué sur le rapport au sol, avec beaucoup de mouvements ancrés dans la terre. Dommage que le style orientalisant n’ait pas été davantage poussé dans la mise en scène et dans les costumes et décors, à l’exception d’un jeu d’ombres très réussi. Côté interprétation, on remarque une fois de plus Maria Kochetkova, qui brille au-dessus de tous, bien que l’on apprécie également pour sa sensualité et son jeu de scène la soliste Dores André.

L’on aura hâte de voir revenir sur les scènes parisiennes cette troupe américaine au registre varié !

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