Marion Motin a l’habitude de créer des spectacles d’envergure. Pour sa création au Théâtre du Châtelet, la danseuse et chorégraphe a choisi d’aborder un thème souvent mis en scène : celui de l’opposition des oppresseurs et des opprimés. Cette opposition est matérialisée par une scénographie de Camille Dugas qui propose un second espace scénique en hauteur, sur lequel se produisent un batteur et un guitariste. Un ascenseur relie ce monde d’en haut et la scène principale en bas.

Ce cadre étant posé, on ne comprendra pas grand-chose à ce qui s'y passe. Les allées et venues des artistes entre les deux mondes ne présentent pas de sens. Le cliché des puissants face aux vulnérables n’est jamais creusé, dépassé et ne présente malheureusement pas d’intérêt véritable.
On pourrait se raccrocher au titre, Les Affamés. Ce choix est fort et puissant, mais il est pris au sens littéral sans être exploré davantage : au début du spectacle, une scène (interminable) présente des danseurs avec lunettes de soleil, en capuchons ou capes rouges qui semblent évoquer tantôt des cardinaux, tantôt le petit chaperon rouge. Ils montrent des dents et s'apprêtent manifestement à dévorer un corps à l'avant-scène, sur un tapis roulant qui restera en marche jusqu'à la fin du spectacle. Dans une autre scène, on entend les personnages répéter « jambon, jambon ». Ces choix tombent complètement à plat car la notion de faim s’arrête là et n'est pas développée.

Tout comme la danse qui se fait rare : après avoir fait des pas sportifs et répétés au début, les danseurs se rassemblent parfois pour bouger la tête en rythme ou un bras en l’air mais... c’est tout. Ils disparaissent de temps à autre pour laisser place à Gaika, un rappeur britannique qui chante sur la scène du dessus, ou prend place dans une baignoire enfumée sur le tapis roulant, rappelant vaguement Charon dans sa barque. Un néon en hauteur, composé des lettres « PARADISE », laisse lumineux les lettres « PRAISE » ou « RISE » alternativement. Un acrobate aérien, Quentin Signori, fait des numéros sur les mains ou dans les airs où il prend de jolies pauses, une jambe en attitude, la tête en bas. Mais aussi plaisant que ce soit, en-dehors d'une vague ambiance infernale, quel est le lien entre ces divers numéros ? On peine à comprendre cet ensemble de scènes décousues où même les décors, les costumes et les choix musicaux semblent avoir été juxtaposés sans raison.

À la fin du spectacle, la tension s’envenime et des fusils et revolvers sont brandis, des corps semblent touchés, vont au sol. Puis se relèvent pour entamer une ronde effrénée et énergique autour de Gaika portant dans ses bras une femme qui semble morte, comme une danse macabre. Les danseurs se prennent par les bras, voltigent, dans une ambiance de plus en plus folle. L’acrobate aérien tournoie de plus en plus vite dans les airs. Puis Gaika pose la femme sur une moto, au son d'une musique enregistrée avec une voix aiguë. Ce finale laisse lui aussi perplexe ; on ne saisit pas bien l'objet de cette célébration. Enfin, l’alternance de scènes qui se voudraient mimées ou narratives avec les gestes abstraits, loin d'éclairer le propos, contribue à mettre le spectateur dans la plus grande confusion.




