Sylvia Huang ne doit pas avoir le temps de s’ennuyer. Non contente d’occuper le poste de Konzertmeisterin à La Monnaie et d’assurer de nombreuses prestations en tant que soliste, elle se consacre avec un égal bonheur à la musique de chambre, aussi bien en récital qu’en tant que premier violon du Quatuor GoYa, fondé en 2014 à Amsterdam avec trois collègues de l’orchestre du Concertgebouw dont la violoniste belge faisait à l’époque partie. En ouverture du cycle de quatuors organisé par Bozar cette saison, l’ensemble se produisait dans la salle de musique de chambre du Palais des Beaux-Arts rouverte depuis février après de longs travaux.

Le Quatuor GoYa à Bozar © Marin Driguez
Le Quatuor GoYa à Bozar
© Marin Driguez

Méconnaissable dans son architecture un peu brutaliste aux impressionnantes colonnes de béton brut et aux murs recouverts de bois, cette Salle M offre à présent un splendide écrin et une acoustique idéale pour la musique de chambre, ce qui va se vérifier dans un programme constitué de trois œuvres composées durant les premières décennies du siècle dernier. C'est avec le peu connu Phantasy Quartet (1928) de la compositrice Imogen Holst que le Quatuor GoYa ouvre la soirée, une brève œuvre en un seul mouvement qui s’inscrit dans la belle tradition « pastorale » de l’écriture pour cordes britannique de l’époque (on pense souvent à Vaughan Williams). Imogen Holst sait mêler délicatesse et franchise, mais tout autant créer de mystérieux passages avec sourdine.

Il suffit de neuf minutes à peine au Quatuor GoYa pour faire apprécier l’étendue de son talent : chacune de ses membres est une musicienne de qualité, la sonorité de l’ensemble est homogène, la justesse parfaite, le phrasé aisé et naturel, l’engagement des interprètes total. Toutes ces qualités se retrouvent ensuite dans un très beau Quatuor de Ravel (1902-1903), dont l’élégance solaire et la fluidité aisée du début enchantent. Tout au long de l’œuvre, on apprécie l’emploi de couleurs restreintes mais justes par le Quatuor GoYa qui résiste avec raison à la tentation de romantiser l’œuvre à l’excès.

Les épisodes parfois orageux du milieu de l'« Allegro moderato » initial sont dûment mis en valeur, alors que l’atmosphère douce-amère de la fin est parfaitement rendue avec une Sylvia Huang littéralement en apesanteur dans les dernières mesures. Les célèbres pizzicatos qui ouvrent le deuxième mouvement sont nimbés d’un étonnant mélange d’énergie et de mystère. L’atmosphère féerique du « Très lent » se déploie splendidement avec de superbes contributions de l’alto de Saeko Oguma, alors que le discours est soutenu par l’inébranlable fermeté du violoncelle d’Honorine Schaeffer. Le finale est comme il se doit un véritable feu d’artifice.

C’est dans le Deuxième Quatuor « Lettres intimes » de Janáček (1928) que le Quatuor GoYa se montre à son meilleur. Dès le début passionné de l’œuvre (où l’on salue les impeccables harmoniques de l’alto qui sera également superbe dans son beau récitatif plus loin dans le mouvement), on admire l’intelligence des interprètes qui contrôlent admirablement la montée en tension de cette musique si passionnelle tout en veillant à garder suffisamment de poudre sèche pour la suite des événements. 

Le deuxième mouvement permet à Hani Song (qui a succédé en 2024 à Mirelys Morgan Valencia au second violon) de montrer l’étendue de son talent alors que Sylvia Huang y est aussi éloquente qu’elle le sera dans le chant d’amour passionné qu’est le phénoménal troisième mouvement. Enfin, le Quatuor GoYa enlève le finale dans l’esprit d’une irrésistible et tourbillonnante danse populaire.

Le Quatuor GoYa à Bozar © Marin Driguez
Le Quatuor GoYa à Bozar
© Marin Driguez

Chaleureusement applaudies, les musiciennes accordent un délicieux bis, l’adaptation pour quatuor à cordes que fit Tōru Takemitsu des immortelles « Feuilles mortes » de Joseph Kosma.

Le Quatuor GoYa à Bozar © Marin Driguez
Le Quatuor GoYa à Bozar
© Marin Driguez
Le Quatuor GoYa à Bozar © Marin Driguez
Le Quatuor GoYa à Bozar
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