Chorégraphe émergent de la scène contemporaine portugaise, Marco Da Silva Ferreira est de retour au Théâtre des Abbesses à Paris avec brother, sa deuxième création, chorégraphiée en 2017 dans le cadre des Chantiers d’Europe. Synthèse d’influences plurielles, sa danse électrisante découle du gaga, et s’inscrit plus particulièrement dans la lignée du travail du chorégraphe Hofesh Shechter, dont Marco Da Silva Ferreira a été un danseur. Quoique pas parfaitement aboutie dans son propos artistique, brother est néanmoins une pièce extrêmement prometteuse sur le plan chorégraphique avec une approche particulièrement originale du mouvement. Un travail artistique à suivre avec attention !

<i>brother</i> au Théâtre des Abbesses © José Caldeira
brother au Théâtre des Abbesses
© José Caldeira

La pièce s’ouvre avec un solo interprété par Marco Da Silva Ferreira en silence, vêtu d’un jogging, de baskets et le visage peint en jaune. Son mouvement se désarticule tel celui d’un pantin que des ficelles invisibles animeraient. Personnage inquiétant qui évoque autant les films d’horreur modernes que les idoles masquées des rituels africains, il synthétise dès les premiers instants ce carrefour d’influences entre urbanité contemporaine et danses tribales. Six autres danseurs le rejoignent sur scène, le visage pareillement peint en jaune, également vêtus d’outfits décontractés façon années 1990. Ils reprennent des bribes de mouvements du solo, qu’ils répètent en série en cadençant le rythme sur le beat d’une bande-son électro. Ces passages de danse collective s’inspirent du krump et du voguing. Ce dialogue avec les danses urbaines est l’ingrédient-signature qu’ajoute Marco Da Silva à un travail qui, sans cela, ressemblerait étrangement à celui de Hofesh Shechter pour son côté tribal et décadent. Les pantins au masque jaune de Marco Da Silva Ferreira font d’ailleurs étrangement penser aux clowns sadiques de Hofesh Shechter (Clowns, 2016).

Marco Da Silva Ferreira et ses six danseurs interprètent avec engagement cette performance d’une heure sans interruption, nécessitant des capacités de concentration et d’endurance lors de séquences particulièrement rythmées. La troupe est cependant fortement hétérogène, tant dans son niveau que dans sa technique. Marco Da Silva Ferreira se place franchement au-dessus, avec une qualité de mouvement qui paraît d’autant plus visible qu’elle est absente chez les autres danseurs. Anaisa Lopes, avec une formation probablement proche du hip-hop, développe également un registre aussi peu conformiste qu’impressionnant – avec une drolatique traversée de scène en poirier.

<i>brother</i> au Théâtre des Abbesses © José Caldeira
brother au Théâtre des Abbesses
© José Caldeira

Quoiqu’intitulée brother, la pièce met davantage en scène une collection de personnages inquiétants, électrons libres au visage déformé d’une grimace, plutôt qu’une humanité soudée. On ne sait donc pas vraiment à quelle fraternité se réfère Marco Da Silva Ferreira, et sa réflexion artistique semble encore à l’état de fouillis, sans pour autant empêcher le mouvement de jaillir crûment, pour lui seul. Le travail du chorégraphe portugais est encore à l’état brut, mais on ne doute pas que sa démarche s’éclaircira dans ses prochaines chorégraphies.

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