Sur la Messa di Gloria de Rossini, Thierry Malandain nous propose une création sur Noé, le déluge et le meurtre originel d’Abel par Caïn. Son approche du mythe peut dérouter certains. Entre Saint Augustin et Paul Claudel il aborde Noé « comme un être humain collectif montant dans l’arche de lui-même, pour liquider une existence passée et repartir de zéro en allant puiser de nouvelles énergies ».  Il nous livre une fresque sur l'humanité et ses valeurs fondamentales interprétée par les 22 danseurs de sa compagnie, le Ballet Biarritz.

Ballet Biarritz, <i>Noé</i> © Olivier Houeix
Ballet Biarritz, Noé
© Olivier Houeix

En choisissant de se concentrer sur la figure de Noé, et en supprimant tout animal de cette Arche à l’exception du corbeau et de la colombe  - et quoi qu’un passage où les danseurs marchent comme des robots aurait pu évoquer l’entrée des animaux dans l’habitacle s’il n’avait été placé au milieu du ballet – le chorégraphe nous livre une vision métaphysique de cet épisode biblique. Dans un décor minimaliste, passant du rouge au bleu puis au vert marron pour évoquer l’arrivée sur la terre, les 22 danseurs évoluent par deux, par trois ou en groupe.

Dans des jupes amples pour les femmes et des gilets colorés pour les hommes, l’œuvre semble plus proche d’un Sacre du printemps revisité que de l’apocalypse du déluge… L’influence spirituelle se perçoit de plusieurs manières : de nombreux pas de trois rappellent une trinité en réalité bien humaine en les personnes d’Abel, Cain et Seth ou Sem, Cham et Japhet.

Hugo Layer, Claire Lonchampt et le Ballet Biarritz, <i>Noé</i> © Olivier Houeix
Hugo Layer, Claire Lonchampt et le Ballet Biarritz, Noé
© Olivier Houeix

Le pas de deux du corbeau et de la colombe – marqué par une belle interprétation de Claire Lonchampt – évoque le combat entre la vie et la mort, la renaissance et le déclin. Le ballet alterne scènes de groupe à la danse profondément terrienne et tribale – des rituels d’Afghanistan ont inspiré le chorégraphe et des danses de caractère scandent le Misere nobis – et des pas de deux aériens et sensuels d’Adam et Eve en justaucorps chair – ici, on savoure les beaux déliés de Patricia Velazquez.

Dans les danses de groupe les bras se croisent, forment des chaines, les corps s’alignent avant de se séparer brutalement ; les danseurs se penchent, hochent la tête de façon répétée, les pieds frappent le sol. Les couples alternent, se font et se défont, créent une danse parfois brutale. L’humanité oscille entre renoncement et foi en l’avenir et en l’amour. La violence n’est cependant jamais loin et l’on songe à nouveau au sacre du printemps lorsque le peuple de l’arche arrache Eve à Adam avant de la lui renvoyer brutalement, faisant fi de son humanité. Les pas de trois entre Abel, Cain et Seth rappellent que la violence parcourt les rapports humains. Le ballet, plutôt court et aux mouvements répétés manque par moment de relief pour garder l’attention du spectateur.

Ballet Biarritz, <i>Noé</i> © Olivier Houeix
Ballet Biarritz, Noé
© Olivier Houeix

Nulle rédemption ne semble possible lorsque le ballet se clôt sur le meurtre d’Abel par Cain, nous laissant désemparés. Le meurtre originel... suivi de tant d'autres. 

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