Depuis 2005, les amateurs de danse assistent chaque année avec ferveur aux Etés de la Danse, festival parisien qui permet non seulement de découvrir des ballets (souvent américains) peu connus en France, mais aussi de revoir de grands classiques.

Linda Celeste Sims et Glenn Allen Sims, <i>After the Rain</i> (Christopher Wheeldon) © Paul Kolnik
Linda Celeste Sims et Glenn Allen Sims, After the Rain (Christopher Wheeldon)
© Paul Kolnik

Cette édition, avec le retour de l’Alvin Ailey American Dance Theater, répond aux attentes d'un certain nombre de spectateurs : danse athlétique, inspirations multiples, pièces colorées...

Les costumes acidulés de Polish Pieces (1995) du chorégraphe néerlandais Hans van Manen sur la musique très rythmée de Gorecki projetent le spectateur dans un monde sportif, les corps des danseurs moulés dans ces combinaisons multicolores. Une exaltation de la danse moderne, à la fois profondément terrienne et aérienne avec des jeux des bras qui appellent à la vie. Face à ce groupe énergique se détachait un couple, au pas de deux ambivalent : sensuel et érotique par moments, plus anguleux à d’autres... l’ambivalence du couple et de l’altérité sublimée par la danse.

After the rain pas de deux (2005) de Christopher Wheeldon arrive comme un contrepoint saisissant à l’énergique Polish Pieces. Créé en l’honneur de l’anniversaire de la naissance de Balanchine, le pas de deux devint très vite un ballet à part entière. Il nous plonge dans une atmosphère intimiste et sensuelle où grâce et simplicité se dégagent d'un langage chorégraphique dans lequel chaque geste semble étudié pour n’exprimer que le minimum. La musique minimaliste d’Arvo Pärt exprime l’état de la nature après la pluie et ce sentiment d’être rincé de tout superflu pour ne conserver que le fondamental, l’essence de la vie, ici du couple; un couple à la fois complice et fusionnel, dont chaque geste révèle une profonde douceur. Un instant de grâce…

Pas de Duke (1976) d’Alvin Ailey nous montrait un autre visage de l'union de deux individus, union certes fusionnelle mais beaucoup plus combative. Ecrit pour deux grands danseurs du XXème siècle – Judith Jamison et Mikhaïl Barychnikov, ce pas de deux moderne est un jeu de mot - hommage à la musique de Duke Ellington. Ce ballet, très marqué par la culture jazz, est parfois interprété de façon un peu sèche et athlétique, mais sans trop nuire à la dimension esthétique. Un ballet parfois abstrait, qui emprunte l'esthétique du courant de  l’art pour l’art, au risque d’en dérouter certains.

Alicia Graf Mack et Antonio Douthit-Boyd - <i>Pas de Duke</i> (Alvin Ailey) © Siggul Visual Arts Masters
Alicia Graf Mack et Antonio Douthit-Boyd - Pas de Duke (Alvin Ailey)
© Siggul Visual Arts Masters
The Hunt (2001) de Robert Battle, directeur artistique de l’Alvin Ailey American Dance Theater, reste le ballet de plus marquant de cette représentation, par la brutalité qui s’en dégage. A la fois rituel ( ce qui n’est pas sans rappeler le Boléro de Maurice Béjart) et chasse à l’homme sur fond de tambours entêtants, cette œuvre interpelle et dérange. On s’interroge sur ces hommes aux mœurs sauvages, tout en appréciant l’énergie qui s’en dégage. Face à ce rite païen, on peut toutefois regretter l’inégalité d’interprétation des danseurs, l’un d’entre eux ayant le haut du corps moins souple et des mouvements de bras presque mécaniques.

Grace (1999) de Ronald Browm clôturait cette soirée par un message d’espoir, en nous invitant à mesurer la grâce qui entoure nos vies. Empruntant aux langages de la danse moderne et aux cultures d’Afrique occidentale, ce ballet symbolise dans sa première partie les forces terriennes et masculines de la vie. Les danseurs rivalisent de prouesses techniques avant qu’ils ne soient rattrapés par l’essence de la vie et la grâce qu’elle procure à ceux qui savent la découvrir. Une opposition que l’on retrouve dans les couleurs des costumes, rouges et blancs. La pureté l’emporte et le ballet se fait de plus en plus aérien…