C'est en quelque sorte une gageure que de programmer une œuvre colossale comme le Te Deum de Berlioz et ses effectifs hors normes dans une salle de concert : c'est pourtant un pari que François-Xavier Roth a relevé et gagné brillamment ce 20 juin à la Philharmonie de Paris, dans le cadre d'un week-end dédié aux pratiques amateurs.

François Xavier Roth © Marco Borggreve
François Xavier Roth
© Marco Borggreve

Même si le nombre total d'exécutants lors de la création de l'œuvre par Berlioz, et notamment le choeur de 600 enfants, n'était pas atteint (il devrait l'être cependant le 21 août pour la reprise de ce concert à Vienne lors du Festival Berlioz de la Côte Saint-André), de multiples forces chorales et orchestrales étaient assemblées.

Ce concert réunissait en effet pour l'occasion des interprètes issus aussi bien d'ensembles professionnels comme Les Siècles et les Cris de Paris, que de formations d'amateurs de haut niveau (les ensembles vocaux Stella Maris, O'Trente, le Chœur des Grandes Ecoles). Du côté des enfants, placés sous la houlette de Sofi Jeannin, la Maitrise de Radio France et le Singapore Symphony Children's Choir étaient renforcés par des collégiens de Seine-Saint-Denis et Paris pour atteindre 250 jeunes chanteurs.

Pour atteindre l'effectif pléthorique de 150 musiciens requis par le compositeur (dont huit harpes et quatre paires de cymbales) les musiciens du Jeune Orchestre Europeen Hector Berlioz, formé dans le cadre du festival Berlioz comme orchestre-académie réunissant des jeunes élèves des meilleurs conservatoires, sont rejoints par l'ensemble Les Siècles qui joue sur instruments d'époque. C'est donc l'occasion pour eux de s'exercer à la difficile pratique de ces instruments rares que sont l'ophicléide (qui remplace le tuba moderne) ou le cor naturel, et ils s'en tirent remarquablement bien.

Ce qui frappe dès l'introduction Te Deum laudamus, c'est la bonne lisibilité du chœur, dont les différents pupitres sont distinctement audibles au sein de la masse chorale et pour lequel, grâce sans doute à l'acoustique remarquable de la salle, on n'a jamais de sentiment de saturation, même dans le fortissimo le plus retentissant. Il en est de même avec l'orgue (hélas électronique), tenu avec brio par Daniel Roth, même si on plait à rêver de ce que pourra être dans le futur le même concert une fois que sera en service le magnifique instrument symphonique de 7000 tuyaux conçu par le facteur Rieger, qui ne sera inauguré qu'en octobre prochain.

François-Xavier Roth, qui dirige sans baguette, réussit à ménager un équilibre entre chanteurs et orchestre, comme dans le Sanctus où les flûtes s'élèvent délicatement au-dessus du choeur. Dans certains passages, les pupitres de basses apparaissent quelquefois légèrement insuffisament sonores, mais ce n'est que le reflet des effectifs choraux actuels qui ne sont hélas plus ceux qu'ils étaient de l'époque de Berlioz. L'hymne Christe, Rex Gloriae sonne brillament sans toutefois apparaitre trop martial, et ce grâce aux timbres spécifiques des instruments d'époque.

Le ténor Jean-François Borras, qui fut lui-même petit chanteur à Monaco, interprète son solo avec beaucoup de style, et il est soutenu magnifiquement par des pupitres de bois majoritairement féminins, ce qui est hélas trop rare pour ne pas être remarqué. Le Te ergo quaesumus se termine dans un passage a cappella d'une belle émotion.

Dans le Judex crederis final, le chef ménage un remarquable crescendo pour terminer dans un brillant non confundar in aeternum de l'ensemble des interprètes, qui arrache à la salle conquise un déluge d'applaudissements à la hauteur de cette musique triomphale, trop peu souvent jouée. S'adressant alors à la salle, François-Xavier Roth se félicite d'avoir pu fédérer en France d'enthousiastes musiciens amateurs et professionnels pour un projet de cette envergure et termine par un retentissant : "Vive Berlioz !"

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