En consacrant une soirée entière au chorégraphe américain George Balanchine (1904-1983), le Ballet de l'Opéra de Paris propose de redécouvrir une sélection de ballets de sa maturité (1966 à 1981) où l’épure des pièces se conjugue au plaisir gourmand de certains danseurs.

Le ballet Mozartiana – qui entre au répertoire dans sa version de 1981 sur une musique de Tchaïkovski – s’inscrit dans une continuité de pièces qu’affectionne Balanchine où le ballet est constitué d’une suite de danses sans autre notion qu’une réminiscence du style romantique inspiré du ballet Les Sylphides (1909) de Michel Fokine. Ce style marque l’ensemble des œuvres présentées lors de cette soirée. Sans scénario aucun, ces œuvres nous donnent à voir la musique et à entendre la danse, conformément à la conception de Balanchine.

Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio, <i>Mozartiana</i> © Sébastien Mathé | Opéra national de Paris
Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio, Mozartiana
© Sébastien Mathé | Opéra national de Paris

Dorothée Gilbert nous offre une interprétation de Mozartiana toute de grâce déliée, notamment dans le port des bras. Arthus Raveau, dont le plaisir de danser est manifeste, nous propose une danse conquérante et terrienne. Le pas de deux interprété par Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio nous offre d’abord une danse d’apparat où chacun évolue en se montrant à son partenaire sous son meilleur aspect avant de céder progressivement à la douceur et de former un couple plus uni où la sensibilité exprimée par la musique et la danse se retrouvent dans une interprétation précise tant dans les pas que dans le délié des bras et des mains.

La Sonatine (1975) sur une musique de Maurice Ravel nous offre un pas de deux magnifiquement interprété par Myriam Ould-Brahams et Mathias Heymann. Leurs mouvements sont caressants et sensuels et nous assistons à un songe onirique où deux jeunes amoureux vivent leur amour avec grâce, tant dans la posture que la gestuelle gracieuse.

Brahms- Schoenberg Quartet (1966) sur une musique de Johannes Brahms (orchestration d’Arnold Schönberg – d’où le titre) a fait son entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris à l’été 2016 dans des décors et costumes de Karl Lagerfeld. Le corps de ballet s’y révèle un peu trop mécanique dans les bras et Fabien Révillion à la limite du caricatural dans le troisième mouvement tandis que les décors inspirés à la fois de l’univers du couturier et de Daniel Buren ne mettent pas les bustes féminins en valeur, notamment dans le deuxième mouvement. Dans un décor rappelant la fin de l’empire austro-hongrois ce ballet se caractérise par l’utilisation répétée du cambré, la reprise du thème principal dans la musique et la danse dans le deuxième mouvement et l’influence des danses de caractère hongroises - les positions des czardas notamment - dans le quatrième mouvement. Les pas sont ciselés, Alice Renavand est une danseuse effrontée et indépendante tandis que Josua Hoffalt donne une épaisseur à son personnage qui sonne juste. Le plaisir des danseurs est manifeste.

Hugo Marchand et Marie-Agnès Gillot, <i>Violin Concerto</i> © Sébastien Mathé | Opéra national de Paris
Hugo Marchand et Marie-Agnès Gillot, Violin Concerto
© Sébastien Mathé | Opéra national de Paris

Le dernier ballet Stravinsky Violin Concerto  (1972) nous plonge dans un univers plus graphique et sportif, typique de l’école américaine. Marie-Agnès Gillot et Hugo Marchand nous livrent une Aria I plus proche de la gymnastique que de la danse et s’effacent au service de celle-ci. Le ballet et l’Aria II sont marqués par le magnétisme d’Eleonora Abbagnato, sa présence scénique et un plaisir gourmand à danser. Dans le pas de deux les pointes sont piquées, la danseuse ne s’abandonne jamais dans les bras de son partenaire; le couple se rapproche, se sépare, se retrouve dans un duo teinté d’érotisme.

Cette soirée est l’occasion de redécouvrir Balanchine et sa conception des ballets qui s’ancrent dans le corps, la personne et l’âme des danseurs pour les sublimer de façon graphique.

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