Les trois viennois Anton Webern, Alban Berg et Johannes Brahms étaient au programme de ce concert du vendredi du Philharmonique de Radio France. Au pupitre, le chef finlandais Jukka-Pekka Saraste, directeur de l’Orchestre symphonique de la Radio de Cologne, régulièrement invité depuis plusieurs années par l’orchestre parisien.

Jukka-Pekka Saraste © Felix Broede
Jukka-Pekka Saraste
© Felix Broede

La Passacaille, une des premières œuvres de Webern, fut créée à Vienne sous la direction du compositeur en 1908. Composée de courtes variations sur un thème unique, elle utilise les silences, la concision, le contrepoint comme beaucoup d’œuvres ultérieures. Jukka-Pekka Saraste semble peiner à unifier le discours et la ligne même si les tutti orchestraux sonnent riches. Il manque à cette interprétation la transparence, l’animation réussie des transitions et l’infinie précision qu’elle requiert. 

Le Concerto à la mémoire d’un ange ne convainc pas non plus complètement et ce malgré la présence de David Grimal qui a besoin de quelques minutes pour trouver ses marques. Cette œuvre en deux mouvements très contrastés à la construction extrêmement savante et qui fut créée par Hermann Scherchen en 1936, soit plus de 10 ans après Wozzeck, utilise un choral de Bach, que ce dernier avait lui-même emprunté à Johann Rudolf Ahle. Ce contraste entre la simplicité du choral et sa transformation savante est source de tension et de lyrisme. Jukka-Pekka Saraste réussit mieux ici que dans Webern parvenant à plus de nuances, de contrastes et ce jusqu’au final apaisé offert ici dans un beau climat lumineux.

La Symphonie n° 4 de Brahms est plus réussie, même si Jukka-Pekka Saraste semble par moment presque trop actif, soulignant par une gestique un peu abrupte tel ou tel trait mais en le faisant aux dépens des autres lignes que celle des premiers violons. On en perd donc un peu les contrechants et toute la magnifique orchestration de cette musique qui peut sonner plus légère et raffinée. Dans le second mouvement, l’insuffisant travail sur les nuances déçoit même si la réalisation orchestrale est de qualité. Seule la toute fin du mouvement avec ses magnifiques modulations est plus aboutie, sans parvenir toutefois à émouvoir. En fait, il faudra attendre le troisième mouvement pour voir les choses réellement s’animer et la musique devenir plus naturelle. Ce scherzo puissant et joyeux est mené avec grande maîtrise par le chef qui parvient ici à insuffler une belle énergie à tous ses musiciens. Les timbales de Jean-Claude Gengembre, qui a judicieusement choisi des mailloches sèches, sonnent ici avec toute l’énergie concentrée nécessaire. Après une entrée imprécise des cuivres, le final est lui aussi mené avec enthousiasme et dans une belle énergie lumineuse. La flûte de Magali Mosnier comme le hautbois de Helène Devilleneuve et la clarinette de Jérôme Voisin sont à l’unisson d’une lecture poétique, romantique et puissante.

Un concert surtout convaincant pour Brahms donc, qui plus est dans un auditorium très peu rempli. Peut-être Jukka-Pekka Saraste et les musiciens du Philharmonique, ces derniers pourtant comme toujours très engagés, avaient-ils, par moment au moins, et comme tous les français en ce moment, un peu la tête ailleurs.