Le concert du Capitole de Toulouse, baptisé « Tous les reflets de l’orchestre »,  nous a fait découvrir la Sinfonia concertante du compositeur belge Joseph Jongen grâce à une prouesse technique consistant à faire jouer ensemble un organiste et un orchestre distants de plusieurs centaines de mètres ; un moment inoubliable au sein d'un très beau programme. 

Tugan Sokhiev © Mat Hennek
Tugan Sokhiev
© Mat Hennek

Comme le titre l'annonce, il y a effectivement une grande diversité dans ce concert. Les cordes seules nous présentent d'abord la Simple symphony de Benjamin Britten. Cette œuvre néoclassique composée en 1934 est souvent interprétée par des orchestres de chambre ; elle prend ici une autre dimension. Très à l’aise, Tugan Sokhiev lâche sa baguette au milieu de la «  bourrée tumultueuse », le premier mouvement qui n’est pas sans rappeler la Symphonie classique de Prokofiev. Du bout des doigts, il obtient un jeu de nuances d’une grande subtilité. À la légèreté du « pizzicato espiègle » succède le son plein et chaud de la « sarabande sentimentale » puis le thème virevoltant du « final folâtre ». 

Vient ensuite la partie la plus remarquable de la soirée : une fois que l’orchestre au grand complet est installé, un écran s’anime et Yves Rechsteiner, organiste et directeur artistique du festival Toulouse les Orgues, nous explique qu’il va jouer la Symphonie Concertante de Joseph Jongen depuis la cathédrale Saint-Étienne, par retransmission visuelle et sonore dans la salle ; il voit le chef par l’intermédiaire d’un écran, et un casque lui permet d’entendre le reste de l’orchestre. Après la courte fugue orchestrale qui introduit le « prélude en mode dorien », l'orgue se fait voir - de façon privilégiée - et entendre comme s'il était dans la salle. Seul le ventilateur du projecteur devient une gêne pendant les passages piano.

En plus de la prouesse technique et humaine, l’oeuvre elle-même est très impressionnante par la variété de son discours musical ; variété dans l’écriture mélodique qui emploie alternativement des modes surprenants (le thème du divertimento), des montées chromatiques et des gammes par ton ; variété dans les harmonies qui viennent souligner et enrichir la mélodie ; dans les rythmes qui font se demander parfois s’il y a des barres de mesures sur la partition ; mais surtout, variété dans la façon de traiter l’orgue, alternativement soliste, intégré à l’orchestre, ou même orchestre à part entière. Le troisième mouvement, Molto lento, est introduit par un solo de flûte, bientôt rejointe par la harpe pour un développement très romantique. La toccata finale est une apothéose qui submerge d’émotion : très applaudi l’organiste nous donne un court bis.

Après l’entracte, le duo des cors attaque avec douceur le premier mouvement de la Symphonie No. 9 de Franz Schubert. L’écriture, très classique, a un effet apaisant après celle de Jongen et il faut un moment d’adaptation pour revenir à cette musique très tonale en do majeur. Le chef qu’on avait senti un peu tendu pendant l’exécution de la symphonie avec orgue a retrouvé sa gestuelle libre et il mène son orchestre avec un bel ensemble car la partition demande des changements de tempo et des nuances très contrastées. L’Andante s’enchaîne sur un Allegro ma non troppo qui s’accélère encore à l’occasion d’un passage en ternaire. Le hautbois expose tranquillement la marche Andante con moto, avant un Scherzo très dansant. L’Orchestre du Capitole déploie sa virtuosité dans le finale Allegro vivace. Malgré des applaudissements très fournis, la salle enthousiaste n’obtiendra pas de rappel.