Trisha Brown, comme bien d'autres chorégraphes contemporains, a imposé son propre style. Une danse fluide, sensible, que la tournée d’adieux retranscrivait avec justesse au Théâtre National de Chaillot, et ce malgré la jeunesse des danseurs, dont certains n’ont pas connu la chorégraphe.

<i>Solo Olos</i> © Stephanie Berger
Solo Olos
© Stephanie Berger
Figure importante de la danse américaine depuis les années 1960, Trisha Brown fonda sa compagnie en 1970 et s’imposa par son art épuré, en opposition aux gestes du ballet romantique.

Les quatre pièces présentées dans le cadre du festival d’automne couvrent 35 ans de travail de cette figure de la danse post-moderne, retraitée depuis 2012. De Solo Olos en 1976 à Rogues en 2011 se dessine un fil conducteur, celui d’une danse poétique et non narrative, qui conte à chacun d’entre nous une quête esthétique.

Solos Olos (1976) ouvre la soirée et met en scène des danseurs vêtus identiquement de blanc. Beintôt l’un d’entre eux se détache et, assis parmi l’assistance, leur dicte ce qu’ils ont à faire. Ils se retournent alors, se séparent, se rejoignent. Cette mise en abîme nous donne l’impression d’assister à un cours de danse, impression renforcée par l’absence de musique. Prétexte en réalité pour nous montrer le travail sur le mouvement inversé, cette pièce garde un côté inachevé.

Son of Gone Fishin’ (1981) sort le spectateur du cours de danse pour l’emmener dans une transe renforcée par les costumes dorés de Judith Shea et la musique entêtante de Robert Ashley. Le jeu des lumières, les couleurs chaudes des costumes et la gestuelle de Trisha Brown, à la fois terrienne au début puis aérienne et sensible, ainsi que le jeu sur le mouvement inversé nous mènent vers un ailleurs onirique et géométrique à la fois. La musique fait sens avec la pièce et semble écrite pour elle. Un dialogue riche qui nous rappelle l’importance que la chorégraphe lui accorde.

Rogues (2011), duo pour deux hommes, poursuit ce voyage onirique. Les danseurs semblent se dédoubler, répétant inlassablement des figures libres. Marches, accélérations, jeux de lumières, les arts plastiques ne sont jamais loin. Il se dégage de ce court ballet un sentiment hypnotique, proche du rêve éveillé.

<i>Son of Gone</i> © Ian Douglas
Son of Gone
© Ian Douglas
Present Tense (2003) clôt la soirée par des décors et une danse différentes. Couleurs vives des décors et des costumes, musique (John Cage) dans laquelle dominent percussions et cloches sortent le spectateur du rêve des précédents ballets. On y retrouve des motifs chers à la chorégraphe chahutés par une danse vive, des portés de toute beauté et des jeux de mouvements. Un ballet à la fois abstrait et narratif.

Cette soirée d’adieux est un bel hommage au travail sensible de la chorégraphe même si la distance introduite par sa danse peut laisser certains perplexes. Trisha Brown ne nous impose rien, elle nous suggère une esthétique. Libre à nous d’y adhérer.