Les origines de l’Opéra de Paris : de la cour de Louis XIV au néo-classicisme.

 L’Académie Royale de Danse, fondée en 1662 par Louis XIV et destinée à la chorégraphie de « danse théâtrale » à laquelle participait le Roi et ses courtisans, fut le premier germe de l’actuel Ballet de l'Opéra de Paris.

© Wikicommons | Huster
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En 1669, la danse se déplaça de la cour à la scène grâce à la création de l’Académie d’Opéra, ancêtre de l’Opéra de Paris, où s’illustra le trio formé par Jean-Baptiste Lully (compositeur), Pierre Beauchamp (maître de ballet) et Philippe Quinault (librettiste). Sous leur impulsion, un art typiquement français, porteur d’un style noble et réglé emblématique du classicisme, vit le jour. Ce fut notamment Beauchamp qui codifia les cinq positions de pieds classiques. La danse, alors toujours associée à l’opéra (opéra-ballet), revêtait une portée symbolique, attachée à l’idéalisation et à la représentation de divinités ou d’allégories.

Sous Louis XV, le classicisme laissa place au baroque dit rococo. L’opéra-ballet fleurit en des formes variées, telles que la gavotte, le menuet, la chaconne, la musette, ou la bourrée. Le ballet restait néanmoins cantonné à un rôle d’illustration et de divertissement. Les Indes Galantes, composées en 1735 par Jean-Philippe Rameau, fut le  chef d’œuvre caractéristique de la période. S’affrontaient à cette époque deux écoles au travers de deux ballerines : la Camargo, virtuose et technicienne, et la Sallé, expressive et gracieuse. A partir de 1760, la seconde école l’emporta, avec l’émergence de l’expressionnisme et du « ballet d’action » (par opposition à « l’opéra-ballet »), sous l’influence notable du chorégraphe et théoricien de la danse Jean-Georges Noverre. Sans pour autant abandonner les canons classiques hérités de la danse noble, les travaux de Noverre marquèrent un tournant majeur, avec l’apparition de la dramaturgie et l’établissement des codes de la pantomime. Les costumes aussi se transformèrent pour révéler davantage les corps et les visages. Noverre créa Médée et Jason en 1770, avant de prendre la tête du ballet de l’Opéra de Paris auquel il conféra une dimension plus spirituelle, en écho du mouvement des Lumières. A partir de 1781, Maximilien Gardel remplaça Noverre à l’Opéra de Paris, rapidement succédé par son frère Pierre Gardel, qui dirigea l’Opéra jusqu’en 1820. Le ballet s’inspira alors principalement de thèmes antiques, reflétant le mouvement du néo-classicisme dans les arts (notamment porté par des artistes tels que Jacques-Louis David, ou Antonio Canova). Malgré la forte instabilité politique, de la Révolution au rétablissement de l’Empire, l’Opéra de Paris consolida les acquis de Noverre et poursuivit le renforcement de la technique, avec une élévation de la hauteur de jambe et le développement de la pirouette et des sauts.

L’âge d’or romantique

Marie Taglioni, <i>La Sylphide</i>, 1832 © Wikicommons | Attribution: Mrlopez2681
Marie Taglioni, La Sylphide, 1832
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Dans le Paris de la Restauration où se diffusait le mouvement romantique, les artistes en rupture avec les conventions classiques se mirent à puiser dans de nouvelles sources d’inspiration : la nature, le médiéval et les mythologies germanique et nordique. A partir de 1827, l’arrivée de la danseuse italienne Marie Taglioni bouleversa Paris.Sa grâce éthérée et sa maîtrise du relevé sur la pointe des pieds (la découverte des pointes lui est d’ailleurs attribuée abusivement) accompagnèrent le développement du style romantique dans le ballet. Jean Coralli, qui prit la tête de l’Opéra de Paris de 1831 à 1850, nomma Marie Taglioni « danseuse étoile » et s’entoura des talentueux chorégraphes Filippo Taglioni (le père de la ballerine), Jules Perrot et Joseph Mazilier. En 1832, Filippo Taglioni créa pour sa fille La Sylphide, le premier ballet blanc romantique. Giselle, autre étendard du ballet romantique français, fut créé à l’Opéra en 1841, par Jean Coralli et Jules Perrot, sur un livret d’après Théophile Gautier, alors éminent critique de la danse. La jeune ballerine italienne Carlotta Grisi y fit ses premiers pas avant de régner plusieurs années à l’Opéra de Paris avec d’autres créations majeures du romantisme mais aussi de danse de caractère, telles que Paquita (1846) de Joseph Mazilier.

Carlotta Grisi et Marius Petipa, La Valse de <i>Giselle</i> © Wikicomons | Source: Bibliothèque nationale de France
Carlotta Grisi et Marius Petipa, La Valse de Giselle
© Wikicomons | Source: Bibliothèque nationale de France

Au cours de la seconde moitié du XIXème siècle, le centre de gravité de la danse se déplace à Saint-Pétersbourg, où triomphent les ballets de Marius Petipa et de Tchaïkovski. Malgré quelques chorégraphies notables de Joseph Mazilier (Le Corsaire, 1856) ou d’Arthur Saint-Léon (Coppélia, 1870), Paris perd de la vitesse par rapport à la scène russe et à l’école italienne, dont proviennent la plupart des étoiles de l’Opéra de Paris : Carolina Rosati, Giuseppina Bozzacchi, Rosita Mauri, Carlotta Zambelli.

Le XXème siècle : rayonnement et ouverture contemporaine

La première saison des Ballets russes de Serge Diaghilev, à l’affiche du Théâtre du Châtelet en 1909, créa un véritable bouleversement à Paris. La virtuosité des interprètes, notamment masculins (Vaslav Nijinsky), et la modernité des chorégraphies (de Michel Fokine) révélèrent au grand jour l’archaïsme de l’Opéra de Paris et ravivèrent l’appétit du public français pour la danse. A la mort de Diaghilev en 1929, le Ballet de l’Opéra de Paris offra la direction de la compagnie à Serge Lifar,  alors jeune danseur des Ballets Russes, compagnie devenue orpheline. En trois décennies de règne quasi-ininterrompu à la tête du Ballet de l’Opéra, Serge Lifar restaura le prestige du Ballet, en rétablissant une technique virtuose et résolument lyrique et en modernisant de nombreux chefs d’œuvres classiques français, dont notamment Giselle, dont il étoffa la dimension psychologique à travers le rôle masculin d’Albrecht.

Serge Lifar, danseur des Ballets Russes, puis Directeur du Ballet de l'Opéra de Paris © Wikicommons
Serge Lifar, danseur des Ballets Russes, puis Directeur du Ballet de l'Opéra de Paris
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Principal danseur de la plupart de ses créations, Serge Lifar distingua néanmoins des artistes talentueux, tels que Serge Peretti, Jean Babilée et Yvette Chauviré. Il introduisit également le style néoclassique à l’Opéra de Paris, avec notamment Suite en Blanc (1943). La débâcle suscitée après la guerre par sa collaboration lors de l’Occupation le contraignit à quitter l’Opéra de Paris en 1945. L’Opéra de Paris invita dans l’intervalle George Balanchine, qui transmit plusieurs de ses œuvres, dont Apollon Musagète et Sérénade. Lifar, rappelé par l’Opéra de Paris dès 1947, revint alors avec une œuvre emblématique de son néoclassicisme lyrique : Les Mirages.

Après son départ de l’Opéra en 1958, le répertoire du Ballet se diversifia et s’ouvrit plus particulièrement à la danse contemporaine, grâce aux collaborations avec des chorégraphes français tels que Maurice Béjart et Roland Petit, et américains : Jerome Robbins, Merce Cunningham et John Neumeier.

En 1983, Rudolf Noureev prit la tête de l’Opéra de Paris, auquel il laissa un héritage chorégraphique précieux. Vingt ans après son passage à l’Ouest, Noureev était devenu l’une des idoles du monde de la danse. Sa nomination à la tête de l’Opéra de Paris permit un véritable rayonnement international pour l’institution, qui bénéficia de sa visibilité médiatique et de sa créativité, malgré une gestion du Ballet rigoriste. Il revisita les grands classiques russes, en recomposant des ballets d’envergure : Raymonda (1983), Roméo et Juliette (1984), Le Lac des Cygnes (1984), ou encore Casse-Noisette (1985). Il identifia et forma aussi parmi la troupe de jeunes prodiges, tels que Sylvie Guillem, Isabelle Guérin, Elisabeth Maurin, Manuel Legris, Laurent Hilaire et Nicolas Le Riche.

Depuis les années 1990, de nouveaux directeurs issus pour la plupart du Ballet de l’Opéra de Paris ont pris la direction de l’institution, tels que Patrick Dupond, Brigitte Lefèvre, Benjamin Millepied (ancien danseur du New York City Ballet et non de l’Opéra de Paris) et désormais Aurélie Dupont. Bien sûr attachés à l’identité de la technique classique française, ils ont pour autant continuer d’inscrire le répertoire dans la modernité en invitant dans les murs de l’Opéra de Paris des chorégraphes tels que Pina Bausch, Jiri Kylian, William Forsythe, Saburo Teshigawara, ou plus récemment Crystal Pite.

 

Sources : Le Ballet de l’Opéra de Paris, 2001, Ivor Guest