Artiste associé à la Scène nationale des Gémeaux de 2021 à 2025, Mickaël Le Mer présentait mercredi soir sa nouvelle pièce, ENSO – Boléro, où neuf danseurs tourbillonnent, sur une thématique obsessionnelle du rond, du circulaire. « Enso » signifie cercle en japonais et ce symbole est lié au zen. Dans la chorégraphie, la sérénité sera tout à fait perceptible dans la douceur et la finesse des mouvements des doigts et des poignets notamment. « ENSO », c’est aussi l’acronyme d’El Niño – Southern Oscillation, un phénomène climatique qui concerne la fluctuation périodique de la température de l’Océan Pacifique. À ce titre, différentes énergies seront bien mises en scène dans ce spectacle où les danseurs courent ou ralentissent leurs mouvements, allant même jusqu'à ne bouger que les mains.

Le langage chorégraphique de Mickaël Le Mer est singulier car il associe une technique de danse urbaine impressionnante (saltos, headspins) avec une douceur et une poésie dans le corps comme dans le travail de lumière, véritable acteur du spectacle. On apprécie l’énergie hip-hop et l’ancrage dans le sol des danseurs, qui sont aussi capables de tourbillons plus nébuleux. Une danseuse va même tournoyer à plat ventre, jambes et bras déployés sur l’épaule d’un partenaire, dans un instant suspendu de grâce. Le cercle est étudié sous toutes ses formes et les danseurs semblent sans limites : cambrés prodigieux, tours, sauts, bras voltigeants. Le groupe harmonieux explore la circularité avec chaque parcelle du corps humain et habite ainsi le plateau nu de tout décor.
Sur une musique électronique rythmée, les danseurs alternent ronds, solos, mouvements de bras circulaires répétitifs et déplacements enlevés dans des mouvements de vagues entraînants. Le rapport à la musique et à la lumière sont tout à fait déterminants. Les projecteurs accrochés à plusieurs perches descendent tout au long du spectacle pour nous montrer différentes facettes des corps des danseurs et adopter différents points de vue. L’effet est très réussi, on est vite happés dans cette circularité envoûtante, presque méditative.

À la fin du spectacle, la musique du Boléro de Ravel est lancée et c’est alors la fin des grands mouvements de groupe. Les projecteurs en douche au-dessus des danseurs répartis sur le plateau nous permettent de voir les mains ciselées et les poignets en mouvement. Si l’on comprend que la musique a inspiré le chorégraphe, comme tant d’autres avant lui, on ressent plutôt moins d’émotions devant ce minimalisme soudain, couplé à ce rythme tant entendu. La couleur de la chair des mains sur le rond noir de la scène peut rappeler le corps du soliste sur la grande table dans la fameuse chorégraphie de Béjart, mais on s’interroge tout de même sur cette fin qui paraît moins personnelle et moins impressionnante qu’est le reste du spectacle sur la musique de David Charrier. Il n’est pas anodin de reprendre une musique chargée d’histoire et d’images dansées déjà marquantes, et le choix de la semi-obscurité ainsi que le retour à des mouvements très calmes ne valorisent pas le remarquable travail accompli pourtant par Mickaël Le Mer et ses danseurs.
Mais ce choix d’intensité variée et de cycles différents rappellent bien les cycles d’El Niño – Southern Oscillation ou tout simplement le cycle de la vie. Le spectacle s’ouvre et s’achève sur un solo : une femme au début, un homme à la fin tournoient sur eux-mêmes pendant de longues minutes qui paraissent indéfinies, peut-être pour signifier aussi le voyage que nous accomplissons tous, de la naissance à la mort, de l'obscurité à l'obscurité.


















