Crée en 1727 à Venise et inspiré du poème éponyme de l’Arioste (XVIème siècle), Orlando furioso compte parmi les plus connus et les fréquemment montés des opéras de Vivaldi. Il est souvent de fait relativement complexe d’aborder une nouvelle production, d’écouter une nouvelle distribution ou de considérer avec neutralité une direction d’orchestre tant nous avons en tête des versions de référence, des Orlando historiques auxquelles nous pensons instinctivement en nous figurant cet être si singulier et énigmatique.

Prenant corps sous les traits et la voix de la mezzo-soprano Amaya Dominguez dans cette production de l’atelier lyrique de Tourcoing, Orlando fait ici preuve d’une fougue et d’une énergie traduisant presque instantanément la folie qui le consommera lorsqu’Angelica et Medoro scelleront leur union. La voix chaude, très sensuelle et très projetée d’Amaya Dominguez dispose de grandes qualités et parvient à maintenir des aigus d’une parfaite clarté, en revanche, il lui manque peut-être quelque profondeur dans les graves pour parvenir à convaincre pleinement dans ce rôle, écrit à l’origine pour alto. Son compagnon d’armes, Astolfo, est quant à lui interprété par le baryton Nicolas Rivenq, dont la souplesse vocale lui permet de naviguer entre chaleur et solennité, bien qu’il semble un peu contraint de ne pas pouvoir mobiliser plus de puissance au risque de couvrir les cordes.

Clémence Tilquin, éclatante Alcina, dispose de solides dispositions vocales pour interpréter le rôle de la magicienne mais semble manquer de gravité et de constance, son timbre pourtant très riche et expressif semblant quelque peu entravés. Le couple amoureux et tragique formé par Medoro (Víctor Jiménez Díaz) et Angelica (Samantha Louis-Jean) parvient à séduire tant dans les airs en duos qu’en soliste, et si le premier a su s’appuyer sur son timbre brillant et sa maîtrise du souffle pour traduire avec beaucoup de justesse la partition, la seconde fut quant à elle une Angelica touchante mais scéniquement presque trop peu investie et bouleversée par l’attitude d’Orlando à son égard, leurs arias communes perdant ainsi en profondeur. À leurs côtés, on remarquera la juste mesure et la toute délicate interprétation de Jean-Michel Fumas en Ruggiero, dont l’émission sonore si lumineuse le fit véritablement se distinguer dans cette distribution ne comptant pas moins de trois contre-ténors.

Bradamante, princesse guerrière et cousine d’Orlando, était quant à elle interprétée par Yann Rolland, lequel au demeurant très investi ne semblait pas être tout à fait désigné vocalement pour ce rôle nécessitant de faire appel à une certaine souplesse, ce qu’il semblait difficilement parvenir à maîtriser. 

L’absence de mise en scène ou de mise en espace peut également s’avérer être un choix périlleux pour rendre compte de la gravité induite par les multiples situations propices à créer le drame, et la direction très moderato de Jean-Claude Malgoire ayant, semble-t-il, plus vocation à suivre et accompagner les voix qu’à créer de véritables sensations de ruptures dont le texte ne saurait entièrement rendre compte, on regrettera donc le léger manque de cohérence quant au choix de tendre vers l’excès émotionnel et théâtral pour traiter scéniquement certains personnages, tout en faisant évoluer l’autre partie de la distribution de manière plus pondérée et commune, absente de tout jeu illustratif et où seule la voix et la sensibilité demeurent les véritables objets de focalisation.