Pour ses débuts à Toulouse, le ténor vedette Michael Fabiano fait trembler les planches du Théâtre du Capitole dans le rôle-titre d'un Otello puissant et implacable. Avec sa partenaire Adriána Gonzalez (Desdemona), ils ressuscitent avec force, 25 ans après, la production toulousaine proposée par Nicolas Joël. Il faut dire que sous la baguette de Carlo Montanaro, ils entraînent avec eux un plateau vocal et un chœur du Capitole particulièrement bien préparés.

<i>Otello</i> au Théâtre du Capitole de Toulouse &copy; Mirco Magliocca
Otello au Théâtre du Capitole de Toulouse
© Mirco Magliocca

La reprise de la mise en scène par Émilie Delbée débute par la mise en lien du chœur et la mer, projetée sur un filtre semi-transparent en ouverture. Couplé à des effets d’orage, le tout annonce la tempête à venir. À terre, les décors sont massifs, symboles du poids de la destinée et de la petitesse des hommes. Ce qui aurait pu être aride reste toutefois efficace avec les jeux de lumière de Vinicio Cheli qui transforme habilement le décor en rempart sous le clair de lune, en extérieur végétal, en intérieur froid ou encore en luxe vénitien à l’approche du message du Doge.

La combinaison de l’ensemble avec des costumes évoquant l’époque moderne, en particulier lors des apparitions du chœur, affiche un traitement pictural assumé, et les airs sont autant de tableaux évocateurs. Le dernier acte se distingue nettement des trois précédents avec, dès le lever de rideau, le lit où Éros et Thanatos se réunissent, le tout massifié par le marbre et les dorures funestes. Le rendu est ainsi traditionnel et efficace, sans fioriture et, visuellement, tout est déjà dit.

<i>Otello</i> au Théâtre du Capitole de Toulouse &copy; Mirco Magliocca
Otello au Théâtre du Capitole de Toulouse
© Mirco Magliocca

Avec le plateau vocal, non seulement tout est dit mais consummatum est, tout est accompli. Michael Fabiano livre un Otello monumental, qui sombre progressivement dans la folie. De la stature triomphante du vainqueur de retour au pays au criminel qui réalise son acte, le jeu théâtral devient de plus en plus expressif et symptomatique du poison qui le ronge. Le chanteur américain porte avec puissance sa voix de ténor, et propose une ornementation très riche, dans les codes du bel canto tardif de l’époque de l’œuvre. Il reste toutefois toujours dans la palette des forte et fortissimo, rivalisant avec les trompettes de l’orchestre.

Adriana González investit une Desdemona naïve gestuellement mais virtuose et complète vocalement. Qu'elle soit debout, jetée au sol, à l’agonie, le texte reste intelligible, qu’il soit exprimé avec frénésie ou presque chuchoté. Ses tenues cristallines amènent quelques applaudissements en cours de représentation, chose rare dans la Ville rose.

<i>Otello</i> au Théâtre du Capitole de Toulouse &copy; Mirco Magliocca
Otello au Théâtre du Capitole de Toulouse
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Si le duo se suffit à lui-même, les autres chanteurs ne sont pas en reste. Nikoloz Lagvilava tient un Iago machiavélique et polyvalent, qui sait tantôt s’imposer par des forte ciblés, tantôt par une voix doucereuse et séductrice. Sa voix de baryton reste très articulée et, dans ce rôle qu’il maitrise parfaitement, sa posture théâtrale est essentielle : regards mesquins, fausses surprises et gestes contraignants ajoutent de la saveur à ce Iago manipulateur. Enfin, Julien Dran en Cassio, dans le livret moins sollicité, incarne très bien le jeune capitaine entrainé malgré lui dans les manigances de Iago. Sa voix comme sa prestation scénique restent homogènes, avec toutefois une belle chanson à boire en début de pièce.

<i>Otello</i> au Théâtre du Capitole de Toulouse &copy; Mirco Magliocca
Otello au Théâtre du Capitole de Toulouse
© Mirco Magliocca

L’ensemble des composantes de la production se retrouvent en bonne articulation, garantissant la réussite de la soirée. Sous la direction de Carlo Montanaro, l'Orchestre National du Capitole traite les timbres subtilement, toujours au service des chanteurs et soutenu par un chœur très bien préparé par Gabriel Bourgoin. La mise en scène, le plateau vocal et la fosse saisissent ainsi ensemble la quintessence du drame shakespearien relu par Giuseppe Verdi et Arrigo Boito : « vien dopo tanta irrision la morte », après tant de moqueries vient la mort.

<i>Otello</i> au Théâtre du Capitole de Toulouse &copy; Mirco Magliocca
Otello au Théâtre du Capitole de Toulouse
© Mirco Magliocca
<i>Otello</i> au Théâtre du Capitole de Toulouse &copy; Mirco Magliocca
Otello au Théâtre du Capitole de Toulouse
© Mirco Magliocca
<i>Otello</i> au Théâtre du Capitole de Toulouse &copy; Mirco Magliocca
Otello au Théâtre du Capitole de Toulouse
© Mirco Magliocca
<i>Otello</i> au Théâtre du Capitole de Toulouse &copy; Mirco Magliocca
Otello au Théâtre du Capitole de Toulouse
© Mirco Magliocca