Mercredi 30 septembre, l’Auditorium de Lyon accueillait le Festival d’Ambronay pour une soirée commune autour de la musique baroque. A cette occasion, Vincent Dumestre, le Poème Harmonique et le Chœur de chambre de la Capella Cracoviensis présentaient principalement deux œuvres en miroir l’une de l’autre : les Te Deum de Charpentier et celui de Lully. Une très belle réussite pour une programmation intéressante !

Vincent Dumestre © Per Buhre
Vincent Dumestre
© Per Buhre

Avant d’entendre les œuvres tant attendues, le public en entend deux autres beaucoup plus courtes, à commencer par la Fanfare pour le carrousel du roy de Lully. Un clin d’œil au tricentenaire de la mort de Louis XIV ? Même si c’est en l’honneur du Dauphin que ce carrousel fut organisé, l’ensemble de la soirée se prête à une telle pensée. Toujours est-il que la direction de Vincent Dumestre est vive et emporte dès les premières notes. On en vient à regretter la courte durée de cette partition.

Suivent des extraits du Caprice de Villers-Cotterêts de Michel-Richard de Lalande qui permettent d’apprécier la maîtrise de l’orchestre et de la direction dans un tempo plus lent et plus doux. On note tout de même un défaut dans ce bel ensemble : l’un des instruments à vent (peut-être un flageolet) dont la sonorité très aiguë dépasse parfois trop le reste des instruments, frôlant parfois le strident. Deux courts moments montrant donc l’étendue des qualités artistiques des artistes sur scène, laissant attendre le meilleur pour la suite.

Arrive alors enfin l’une des « stars » de la soirée : le si célèbre Te Deum de Charpentier que tout un chacun connaît, au moins en partie, grâce à l’Eurovision qui l’a repris comme hymne. Vincent Dumestre opte pour un rythme enlevé, légèrement plus que ce que l’on a l’habitude d’entendre. Si l’on peut craindre que tout le Te Deum prenne un tournant trop rapide, il suffit de se rappeler ce que nous venons d’entendre : les passages méritant plus de lenteur l’ont et le contraste entre forte vivacité d’une part et lento d’autre part est ici très marqué, comme par exemple avec la première intervention du chœur. On peut toutefois regretter que le rythme soit aussi soutenu pour entamer cette œuvre car on a un peu de mal à apprécier toute la beauté de son écriture avec cette rapidité. L’exécution reste malgré cela remarquable et la différence de rythme que l’on retrouve dans d’autres œuvres de Charpentier (comme par exemple dans sa Médée) est ici intelligemment relevée.

Du point de vue des voix, la première chose qui frappe est l’aspect écrasé de celle de la basse, Benoît Arnould : au-delà d’un instrument accompagnateur, cette dernière paraît totalement cachée par la musique. Malheureusement, l’acoustique de l’Auditorium ne permet pas de trancher entre un problème venant de la salle ou de l’artiste ; la faute n’est probablement pas exclusive à l’un ou l’autre, les voix ayant du mal à bien résonner ici. Jeffrey Thompson, voix de taille, parvient cependant à s’en sortir avec un brio déconcertant, faisant entendre une voix claire et nette avec de très belles couleurs. La haute-contre Jean-François Lombard offre aussi de beaux moments et le trio de ces voix masculines est absolument superbe. Les deux dessus, Amel Brahim-Djelloul et Claire Lefilliâtre, font entendre deux timbres différents mais se mariant très bien.

Le Chœur de chambre de la Capella Cracoviensis déploie tout son talent depuis le début, jouant sur leur puissance et la modulant très bien. Malheureusement, l’équilibre manque de perfection et les attaques lors de ce premier Te Deummanquent souvent de netteté, ce qui est rétabli lors du second où le chœur semble s’être très bien repris et brille.

Après l’entracte, nous passons en effet au Te Deum de Lully et finissons ainsi la soirée avec celui qui l’a commencée. La flûte dont les aigus gênaient déjà en début de soirée se fait toujours entendre, ce qui est le seul souci que l’on puisse relever ici.

Difficile donc de ne pas adhérer à ce programme peut-être attendu mais très intelligent et très bien exécuté auquel deux bis ont succédé, montrant la générosité des artistes et du chef Vincent Dumestre qui, notons-le, se plaçait toujours sur le côté de l’orchestre au moment des applaudissements, laissant véritablement la scène à celui-ci et aux chanteurs. Un grand bravo pour cette soirée qui aurait de quoi réconcilier les deux compositeurs !