C’est un concert dédié entièrement à Antonio Vivaldi que nous offrent Lea Desandre et Jupiter, ensemble de musiciens fondé en 2018 par le luthiste Thomas Dunford. Avec ses trois ans d’âge, on est d’emblée impressionné par ce collectif de sept instrumentistes sur scène, en constante harmonie et parfaite synchronisation, qui forment un tissu orchestral d’une richesse et une densité telles que l’auditeur n’a aucune envie ce soir d’entendre une phalange en plus grand nombre.

L'Ensemble Jupiter au Festival de Pâques d'Aix-en-Provence
© Festival de Pâques d’Aix en Provence 2021 – Caroline Doutre

Le programme alterne entre des airs doux et d’autres plus agités, arie da capo pour la plupart, extraits de différents opéras, de l’oratorio Juditha triumphans, de la cantate Nisi Dominus, tandis que trois concertos – deux pour luth puis un pour violoncelle – s’intercalent afin de ménager les nécessaires temps de respiration et récupération pour la mezzo franco-italienne. Les airs successifs demandent en effet des qualités diverses, cela commence par une maîtrise du souffle, un legato qui se déploie avec application dans l’émouvant « Vedro con mio diletto », grand air d’Anastasio provenant du Giustino. Le contraste est évident dans les cadences de « Armatae face et anguibus » de Juditha triumphans qui suivent, un air de fureur où les « furie, furie » explosent dans la bouche de Lea Desandre, capable d’abattage dans ses vocalises et qui sonne avec davantage de puissance dans sa partie aigüe que dans le registre grave. Le lent passage « Cum dederit dilectis suis » du Nisi Dominus ménage un subtil équilibre ensuite entre musiciens et soliste vocale, puis c’est le retour d’une Juditha triumphans complètement apaisée cette fois dans « Veni, veni me sequere fida », une sorte de calme avant la tempête, en préalable à la séduction puis la décapitation d’Holopherne. La voix aérienne et voletante de la mezzo dialogue alors agréablement avec le premier violon de Théotime Langlois de Swarte, magnifique de précision et de poésie.

Le long air et doloriste à l’extrême « Gelido in ogni vena » tiré du Farnace est pour nous le sommet de la soirée, les musiciens parviennent à réduire le son en un minuscule souffle et la voix se meurt presque par instants. Les reprises sont différemment colorées par la mezzo-soprano, accompagnées de petites variations également, et on admire le savant dosage du volume des instruments qui enfle et diminue tour à tour. L’OlimpiadeMentre dormi, amor fomenti ») installe aussi une reposante atmosphère élégiaque, alors que côté déchaînement, Lea Desandre déroule ses traits d’agilité avec fluidité dans Ottone in villa (« Gelosia, tu già rendi l'alma mia »). La conclusion est en forme de feu d’artifice avec « Agitata da due venti » de la Griselda, une suite presque ininterrompue de vocalises qui exigent un suprême abattage et une bonne endurance aussi.

Lea Desandre et l'Ensemble Jupiter
© Festival de Pâques d’Aix en Provence 2021 – Caroline Doutre

Les deux concertos pour luth (successivement en do majeur, RV 82 et en ré majeur, RV 93) dévoilent une musique simple, élégante, où l’on perçoit très distinctement les notes de chaque instrument, évidemment le maestro luthiste Thomas Dunford mais aussi le clavecin de Violaine Cochard, toujours à l’écoute de ses partenaires. La troisième pièce instrumentale est le Concerto en sol mineur RV 416 pour le violoncelle de Bruno Philippe, virtuose, véloce et expressif.

Les artistes donnent deux bis, deux morceaux aussi entendus quelques jours auparavant au Festival de Pâques lors du concert des Arts Florissants, en présence entre autres de Lea Desandre et Thomas Dunford. Il s’agit de deux compositions de ce dernier, co-écrites avec Douglas Balliett, d’abord « That’s so you » puis « We are the ocean, each one a drop ». Deux chansons, dans une atmosphère jazzy par instants, qui conviennent fort bien à cette petite orchestration baroque, comme pour raccrocher Vivaldi à notre XXIe siècle.

L'Ensemble Jupiter au Festival de Pâques d'Aix-en-Provence
© Festival de Pâques d’Aix en Provence 2021 – Caroline Doutre
Lea Desandre et l'Ensemble Jupiter
© Festival de Pâques d’Aix en Provence 2021 – Caroline Doutre