Deuxième volet d’un diptyque brahmsien à Genève, ce vendredi allait couronner deux Brahms pléthoriques précédés de la Suite lyrique d’Alban Berg, sous la direction de Jonathan Nott.

Pendant du Erwartung de Schönberg proposé lors du concert précédent, la Suite lyrique d’Alban Berg est baignée d’un post-romantisme exacerbé que souligne la dramaturgie sous-jacente. Si des effets sonores ont pu ravir les auditeurs (tels les pépiements de la fin de l’« Allegro misterioso »), on a été envoûté par les sinuosités de cordes graves au sein des grands aplats de violons : saisissant !

Nicholas Angelich © Jean-François Leclercq / Erato
Nicholas Angelich
© Jean-François Leclercq / Erato

C’est avec la très lyrique Rhapsodie pour alto, chœur d’hommes et orchestre de Brahms que le programme se poursuivait. Soulignons d’emblée l’excellence de l’alto solo Gerhild Romberger qui offre aux mots de Goethe son timbre somptueux, sublime de noirceur, aux aigus suspendus. L'œuvre laisse poindre dans sa conclusion la foi de Brahms par le truchement du très beau groupe d’hommes de la Zürcher Sing-Akademie, merveilleux d’homogénéité. La conclusion lumineusement sereine de cette détresse d’un vagabond solitaire nous rappelle le Requiem et ce Brahms confiant dans l’idée de la mort : émotion.

En deuxième partie de concert, l’Orchestre de la Suisse Romande nous a gratifié d’une sublime intervention de Jean-Pierre Berry, cor solo, en guise d’introduction du Concerto pour piano n° 2 de Johannes Brahms. Nicholas Angelich s’est paré d’un piano cathédrale, superbement charpenté, soutenu par un orchestre galvanisé par le chef Jonathan Nott. Par rapport au premier concerto donné deux jours plus tôt, la pièce semble bénéficier d'une lecture plus unifiée, moins fragmentée. Nous retrouvons avec joie chez le soliste ce lyrisme sans ostentation mais non dépourvu de brillance. Et quel dialogue entre le concertiste et les vents qu’il cherche en permanence du regard afin de mieux ajuster le discours. Son dialogue avec ces douces vagues de flûtes, qui flottent au-dessus des râles sombres des contrebasses, est un grand moment de la soirée. 

Prodigieux d’élan, l'« Allegro appassionato » offre très vite les délices de phrasé du pianiste, qui ourle le discours dans un legato souverain, soutenu dans son lyrisme par de grands tutti qui ne sont écrasés par aucun cuivre. On peut également souligner le jeu énergique, sans débordement et toujours juste des timbales.

Moment de grâce lors de l'« Andante », avec les phrases délicieuses du violoncelle solo, Gabriel Faur, entouré magnifiquement par des cordes suaves à souhait. Angelich ne quitte pas du regard le violoncelliste, ajustant un pas de deux musical somptueux et particulièrement émouvant. Le hautbois de Nora Cismondi sait nous cueillir par la douceur de sa voix, tandis que le basson mordoré de Céleste Marie-Roy se livre avec le pianiste à un de ces moments suspendus qui donnent le frisson.

D'un bonheur communicatif, l'« Allegretto grazioso » mérite son titre à bien des égards. Nicholas Angelich distille une joie sereine , ses aigus sont merveilleusement perlés avant de parvenir aux dernières mesures du concerto plus grandiloquentes et qui resplendiront d’une brillance toute tchaïkovskienne !

L’émotion fut là aussi au rendez-vous dans un concerto qu’on a senti mieux mené par Jonathan Nott. Ses phrases étirées, sa vision plus romantique qu’analytique ont pleinement participé au bonheur du public genevois.

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