Johann Sebastian Bach (1685-1750) a laissé une importante production d’œuvres religieuses. La volonté de l'ensemble Dissonances de présenter une partie de ses œuvres profanes, dont un des célèbres Concertos brandebourgeois, permettait de découvrir une autre facette de ce musicien, où l’élan religieux est remplacé par une spiritualité profane, parfois tout aussi forte.

Ce concert présentait trois formes musicales spécifiques de l’époque : la sonate pour instrument – ici le violon puis la flûte – et continuo, le concerto – en l’occurrence le célèbre Concerto brandebourgeois no. 5 qui s’avère être l’un des premiers concertos pour clavier, et enfin la cantate profane.

La Sonate pour violon et continuo en sol majeur écrite en 1717 se caractérise dès les premières notes par la pureté du son et une attaque du violon à la fois vive et souple. Cette sonate, quoique profane, transmet à la fois la quête d’un idéal et de grands élans spirituels, parfois inquiets, parfois sereins. L’auditoire se sent happé mystérieusement vers une puissance immatérielle et communie avec le violon, dont l’attaque est tour à tour précise ou ample.

La déception n’en est que plus profonde lors du Concerto brandebourgeois no. 5 en majeur composé en 1721. Dès l’Allegro, le son de la flûte paraît voilé et l’attaque peu précise. Malgré le côté festif de l’œuvre, renforcé par le rythme d’un refrain régulier, aucune cohésion ne se crée entre la flûte, les violons et le clavecin et cette discordance perdure tout au long du concerto. Alors que le solo du clavecin est magnifique et que les violons rendent parfaitement les différents mouvements et la joie du concerto, la flûte apparaît comme un élément perturbateur.

Une déception qui persiste ensuite lors de la Sonate pour traverso et clavecin en la majeur composée en 1717. En effet la flûte y tient un rôle central et les faiblesses du jeu n’en deviennent que plus évidentes. Notes graves voilées voire inaudibles, erreur sur les trilles, faiblesse du son, ainsi que quelques fausses notes, rendent perplexe sur le choix effectué. Le clavecin couvre parfois le traverso et l’œuvre manque à nouveau de liant, apparaissant décousue.

La cantate nuptiale Weichet nur, betrübte Schatten (Dissipez-vous, ombres lugubres) écrite en  1730 à Leipzig, est écrite plus tardivement que les trois œuvres précédentes et montre le chemin parcouru par le musicien qui n’hésite pas à emprunter à différentes écoles. Cette cantate alterne récitatifs – on retrouve alors les œuvres religieuses de Bach dont certaines sont reprises en 1734 pour son Oratorio de Noël  et des morceaux à l’influence italienne. La soprano Johannette Zomer marque cette œuvre par une diction irréprochable, sa tessiture et des récitatifs magnifiques. Sa voix alterne passages  légers et graves, selon qu’elle interprète les airs ou le récitatif. Le hautbois livre des passages – notamment en solo – très réussis et donne une dimension plus grave à cette cantate, rappelant à sa manière la signification du mariage. La gavotte qui clôture l’œuvre, marquée par une coordination parfaite entre les violons, le clavecin et la chanteuse, introduit une dimension aérienne et joyeuse.