Mercredi 26 août, dans l’Angelika-Kauffmann-Saal de Swarzenberg se poursuivait le Festival Schubertiade avec, à 16h, un liederabend par la jeune soprano Brenda Rae accompagnée de Wolfram Rieger au piano. Etrange que celle dont les journaux parlent en des termes si élogieux (« tireless, golden soprano », The Times, « dazzling, pinpoint coloratura », Opera News, ou encore « breathtaking mastery », Frankfurter Rundschau) ne soit parvenue à remplir entièrement la salle. Force est bien de constater que les absents ont bel et bien eu tort !

Brenda Rae © Kristin Hoebermann
Brenda Rae
© Kristin Hoebermann
Le récital débute par Four Canzoni, D 688, et plus précisément par Guarda, che bianca luna qui laisse entendre une voix pas encore assez posée, comme s’il s’agissait là des débuts d’une grande artiste. Le second air, Non t'accostar all'urna, continue dans cette impression bien que l’on note déjà une amélioration. La voix donne cependant l’impression de ne pas être assez dans le palais et trop dans la gorge. La suite montrera rapidement que la cantatrice américaine a en vérité largement dépassé ce stade : ce n’est non pas après le troisième air, Da quel sembiante appresi – pourtant toujours dans l’amélioration – mais après le quatrième, Mio ben ricordati, que la salle est entièrement conquise et oublie ce que l’on pourrait qualifier de « balbutiements du début » (le terme de « balbutiements » étant véritablement à prendre avec des guillemets car on serait assez heureux que certains artistes « balbutient » ainsi !). Les applaudissements qui en résultent dépassent bien la simple politesse.

Le cinquième air choisi est celui d’Olivia extrait de Die Freunde von Salamanka, »Einsam schleich' ich durch die Zimmer« (Mayrhofer), D 326/4. Aucun doute possible alors : si elle a réussi l’exercice du lied avec un certain brio, c’est dans celui de l’opéra qu’elle excelle et que l’on souhaite l’entendre. Elle donne ici l’envie de la suivre pour la voir s’épanouir dans des rôles sur scène. Ce sentiment sera d’ailleurs confirmé tout au long du récital.

Suivent ensuite Vergebliche Liebe puis Aus Diego Manzanares. Ilmerine, qui donne l’impression de ne pas toujours être égal. Le niveau reste toutefois excellent. Der Abend (Matthisson), D 108 est quant à lui plus retenu mais davantage maîtrisé. Enfin, c’est Des Mädchens Klage, D 6 qui clôt cette première partie, peut-être de façon un peu trop lâchée : on aurait parfois souhaité davantage de précision dans l’envoi de la voix qui, dans les puissants aigus, s’envole tant en hauteur qu’en largeur.

La seconde partie reprend le schéma de la première : quatre airs italiens, un extrait d’opéra, puis 6 autres airs en allemands.

De nouveau, l’ouverture, Son fra l'onde, démarre à un niveau légèrement plus bas que ce à quoi on pouvait s’attendre. Cependant, le troisième, La pastorella al prato, est absolument superbe et juste, alors que Vedi quanto adoro tend parfois peut-être trop à la démonstration de puissance vocale. Il n’en demeure pas moins superbe.

Suit »Gott! Höre meine Stimme!«, extrait de l’opéra Der vierjährige Posten, dans la continuité en terme de maîtrise et de l’émotion développées jusque-là. Il n’y a d’ailleurs pas besoin d’entendre quoi que ce soit à l’allemand pour comprendre la soprano lorsqu’elle interprète Pflicht und Liebe (Fragment), D 467. Les trois derniers lieder, Auf den Tod einer Nachtigall, D 399, Blanka, D 631 et Delphine, D 857/1, ne détonent en rien avec les précédents dans le plaisir de l’écoute.

C’est toutefois dans le rappel Amor, op. 68/5, composition de Strauss et non de Schubert à partir d’un poème de Brentano, que Brenda Rae semble se faire véritablement plaisir et laisse entendre toute la virtuosité de sa technique et de sa voix. Un travail d’orfèvrerie vocale magnifique.

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