Il fallait braver la pluie et le froid pour se rendre au Victoria Hall où l’Orchestre de la Suisse Romande proposait un programme ravelien avec L’Heure espagnole en guise d’amuse-bouche puis l’Enfant et les sortilèges, sous la direction de Charles Dutoit.

Charles Dutoit © Chris Lee
Charles Dutoit
© Chris Lee
C’est dans une ambiance sonore crépusculaire et le cliquetis d‘une horloge que s’ouvre cette heure espagnole… Un bien joli plateau de solistes compose les divers rôles de la soirée ; à souligner la très belle incarnation de François Piolino qui campe un Torquemada truculent, Daniela Mack, une Concepcion à la voix suave et ample, mais dont on aura regretté le français désespérément inaudible, Elliot Madore, bariton, un Ramiro espiègle au timbre d’argent et au sens du jeu inné, Julien Behr, un Gonzalve doté d’une belle voix, mais qui manque de projection et de liberté vocale.

C’est avec le Don Inigo enamouré de David Wilson-Johnson qu’on aura apprécié une voix superbe et libérée, un sens du jeu et surtout une déclamation française parfaite. Sa voix, sans être forcée, se lie parfaitement avec les truculences de l’orchestre ravélien dont aura apprécié les vents superbes et notamment le trombone solo de Matteo de Luca dont les glissandi firent merveille !

« Et s’il me fallait écouter les conseils de ma dignité, j’abandonnerais la partie ! » résume bien l’esprit badin de cette Heure espagnole de haute tenue musicale.

C’est dans L’Enfant et les sortilèges, fantaisie lyrique sur un livret de Colette que nous entrons dans le monde de la fable… Ici cuivres jazzy, ambiance chinoise, musique descriptive collant à cette époque orientaliste et post-impressionniste, multitude de personnages, tout est réuni pour faire flamboyer les différents timbres de l’Orchestre de la Suisse Romande révélés par la baguette minutieuse et raffinée de Charles Dutoit, spécialiste de ce répertoire.

David Wilson-Johnson © Annelies van der Vecht
David Wilson-Johnson
© Annelies van der Vecht
On aura bien sûr apprécié le timbre étincelant du soprano Kathleen Kim prêtant sa voix aux rôles du Feu, d’une Pastourelle, de la Princesse et du Rossignol, le mezzo chaud et savoureux d’Hanna Hipp, interprète de la Maman, de la Tasse chinoise, de la Libellule et du Pâtre et du délicieux Chat de David Wilson-Johnson qui s’en donne à cœur joie en félin assisté des feulements d’alto et de violoncelle, ainsi que le délicieux jeu d’Elliot Madore en Horloge comtoise…

Le Chœur du Grand Théâtre, royal, ainsi que la Maîtrise du Conservatoire Populaire de Musique de Genève ne sont pas en reste et complètent un plateau de haute tenue.

Ainsi on aura peut-être regretté ça et là un manque de lisibilité du texte et de la dramaturgie de ces musiques opératiques qui auraient été tellement mieux servies mises en scène, mais le plaisir musical fut total, offert par un Orchestre de la Suisse Romande en grande forme galvanisé par un Charles Dutoit qu’on sent chez lui, tant en terres romandes que raveliennes. 

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