Dès les premières notes, à la fois vives, joyeuses et un peu brusques, et les premiers pas – esquissés par un coq et quatre poules, le ton burlesque du ballet est donné. Nous voici transportés dans une campagne magnifiée, plus proche de la conception qu’en avaient les aristocrates au XVIII°s – période de création de la première version du ballet – que de la réalité.

La jeune Lise est amoureuse de Colas, contre le gré de sa mère Simone qui tente de la marier à Alain, jeune niais dont le père est fortuné et conscient de son importance. Une intrigue plutôt mince au dénouement prévisible dont la qualité dépend en partie de l’interprétation des danseurs. Ceux-ci allaient, pour cette soirée, des élèves de l’école de danse pour les volatiles aux premiers danseurs pour les rôles de Lise et de Colas.

Muriel Zusperreguy interprétait Lise de façon un peu trop monolithique : une jeune femme joyeuse, au sourire facile, mais à qui il manquait une incarnation réelle. Au fur et à mesure de la soirée, sa danse se fit plus moelleuse, notamment dans le port des bras, et certains pas de deux. Lorsque Colas surgit par le haut de la fenêtre et qu’accrochée à lui, elle effectue un mouvement de pendule, leur union d’une très grande beauté, teintée de romantisme. Un pas dans la droite ligne des ballets classiques, de La Sylphide au Lac des cygnes.

François Alu campe un Colas à la fois sûr de lui et amoureux, très expressif dans ses pantomimes, réhaussées d’une réelle présence scénique. Si son haut du corps se détend progressivement, il marque la soirée par ses sauts impressionnants. Mais si Alu incarne un jeune homme amoureux et téméraire, parfois romantique, il manque cependant une réelle alchimie dans ce couple.

Takeru Coste interprète la Mère Simone de façon très convaincante, même si on peut s’interroger sur cette ambiguïté voulue par le chorégraphe (Ashton): sa mère de Lise est jouée par un homme, ce qui se ressent dans les pas de danse. Leurs rapports sont ambigus, à la fois amicaux et conflictuels. La mère semble parfois oublier que sa fille est une adulte quand elle commence à la fesser. Ce côté burlesque invite par ailleurs à s’interroger sur les motivations de celle-ci : comment peut-elle songer à la marier à un benêt dont la danse de marionnette traduit à la fois l’emprise de son père et son retard mental?Alors qu’il vient de découvrir Lise et Colas dans la chambre de celle-ci, il revient ensuite dans cette maison pour y reprendre… son parapluie ! De même, lors des danses de caractère avec les villageois, il saisit chaque femme par le corps, s’immisçant dans les couples sans mesurer l’impact de ses actions.

Les costumes et les décors champêtres inspirés de l’aquarelle constituent les points forts du ballet. Notament, l’utilisation des rubans devient une métaphore de l’amour et des liens. Du ruban attaché par Lise au début comme signal pour Colas aux rubans du « pas de deux d’Elssler » où les amies forment des X avec des rubans, déployés ensuite pour former les rayons d’une roue dont la jeune femme est le centre, ils traversent le ballet depuis 1803 et donnent lieu au formidable « jeu du cheval » inspiré de Petipa et à de magnifiques scènes romantiques.

La direction musicale sert le ballet, et le remplace parfois lorsqu’il s’agit d’imiter les poules ou le joueur de flûte, sans marquer toutefois les esprits. Sous la direction alerte de Philip Ellis, les musiciens relaient les amours des jeunes gens.

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