A l'occasion de la sortie de son disque Vertigo paru chez Warner Classics, Jean Rondeau conviait le public parisien à la Salle Cortot pour une soirée placée sous les auspices de Rameau et de Royer, les deux compositeurs auxquels le disque rend hommage.

Jean Rondeau © Edouard Bressy | Warner Classics
Jean Rondeau
© Edouard Bressy | Warner Classics

Salle comble. Jean Rondeau fait son entrée sur scène, fidèle à lui-même, avec son air concentré, plein de détachement et d’espièglerie. Il prend à peine le temps de s’installer qu’il entame déjà le Prélude en la mineur de Rameau dont le tempo lent introduit directement dans l’ambiance baroque et majestueuse de cette soirée, ainsi que dans l’univers très intime et particulier du jeune claveciniste français.

Œuvre complexe techniquement, la Suite en la de Rameau offre une succession de danses stylisées aux caractères très variés, passant d’un tempo lent et passionné, à un mouvement plus rapide et malicieux que l'interprète exécute en surmontant les difficultés techniques et stylistiques les unes après les autres. La « Sarabande », pièce centrale, est rendue dans une version pleine de poésie. Jean Rondeau réussit audacieusement le pari de nous faire entrer dans le jardin secret de cette musique vibrante, regorgeant de trilles et de retards. La « Sarabande » laisse place au mouvement chantant intitulé « les trois mains », moment d’accalmie qui plonge le spectateur dans « l’imaginaire infini », pour reprendre les mots choisis par le claveciniste dans le livret du disque.

Après avoir présenté son instrument - reproduction d’un clavecin XVIIIe réalisée en 1985 et que lui a prêté Skip Sempé - Jean Rondeau attaque l’œuvre de Royer dont il donne une vision peut-être parfois un peu académique mais souvent pleine de passion. La fougue revient notamment avec le premier mouvement de la Suite en sol, « La Poule », et surtout avec « Les Sauvages », extrait de l’opéra des Indes Galantes, qui retentit comme un hymne dans la salle. On est comme soudain catapulté dans la Cour de Louis XV. C’est le « grand baroque » qui nous est livré ce soir au travers d'un programme complexe qui nécessite une très grande concentration de la part du soliste en raison notamment de ses changements d’atmosphère à chaque mouvement. La technique et l’interprétation sont au service de la musique et Jean Rondeau manie les deux avec une grande prouesse et une maturité musicale notable. La suite se termine avec une version passionnée de « l’Egyptienne » dans laquelle les mouvements corporels du claveciniste traduisent les moindres détails de son interprétation. Il termine son programme avec la Marche des Scythes, devant une assemblée complètement suspendue au son produit par le jeune virtuose.

L’ovation finale est telle que Jean Rondeau revient sur scène pour une série de bis, aux côtés notamment de Thomas Dunford, joueur de luth et membre fondateur d’un groupe de jazz Note Forget. Les deux musiciens improvisent alors sur une Chaconne de Bizet lors de laquelle ils témoignent de leur complicité. Rondeau, seul en scène, clôt enfin son concert avec une ultime sonate de Bach accueille par le public avec un soupir de satisfaction et un sourire au lèvre face au talent, la virtuosité et la grande capacité d’interprétation de ce jeune claveciniste, dernièrement récompensé par un Diapason d’Or.

****1