C’est un froid polaire que les genevois ont bravé pour venir assister au premier concert du nouveau directeur artistique de l’Orchestre de la Suisse Romande : Jonathan Nott. Un beau programme nous a permis d’entendre une 5ème symphonie de Schubert composée dans la jeunesse du compositeur, et donc très mozartienne dans l’âme, ainsi que l’énergétique Première symphonie en ré majeur de Gustav Mahler.

Jonathan Nott © Paul Yates
Jonathan Nott
© Paul Yates

Dès les premières mesures de cette symphonie de Schubert on a ressenti la délicatesse de l’approche du chef, les beaux équilibres de l’orchestre, les dynamiques habilement amenées et les phrasés subtils.

L’orchestre est peu important : une flûte, deux hautbois, deux bassons et deux cors, ainsi que les cordes, réduites elles aussi. L’ensemble sonne très bien et on a plaisir à entendre une telle onctuosité. Les gestes du chef sont souples, décrivant de belles courbes, la respiration est naturelle. Le Menuetto est pris avec une belle sévérité, souligné par une direction qui assouplit les angles, ajuste les tempi et les rend très fluides. L’Allegro vivace vient couronner le tout avec une belle virulence des basses concluant une vision énergique, stylée de ce Schubert qui fut un ravissement.

En deuxième partie de concert la généreuse symphonie dite « Titan » de Gustav Mahler vint convier le large effectif symphonique de l orchestre. Tout le début fut à l’image du Schubert : stylé et faisant montre des très beaux vents de la phalange genevoise.

Le deuxième mouvement, plus exubérant, avec ses huit cors splendides, fait son effet, revenant dans sa portion médiane à une élégance mesurée. Et c’est certainement dans le troisième mouvement que vient s’installer une impression de « lissitude ». Le tout est bien dosé, rien ne dépasse, à la limite du stérile. Ce Mahler manque de fantaisie et d’urgence, pour ainsi dire : sous béta-bloquants. Seul Benoît Willmann à la clarinette essaiera de donner un tour plus libre à sa phrase, mais la raillerie ne sera pas suivie. Dommage. 

C’est avec le « Stürmisch bewegt », beaucoup plus véhément, que le chef lâchera un peu la bride, rendant possible un épanouissement de ces cuivres somptueux. Le passage médian sera rendu très suave et nostalgique, convoquant une large palette de dynamiques. Aucun détail n’est laissé à un effet du hasard comme en témoignent les cordes qui auront été pléthoriques du début à la fin du mouvement.

Ainsi donc, c’est à une belle leçon de cohésion que nous a convié le maestro Jonathan Nott : l’Orchestre de la Suisse Romande sonne très bien, tout est hiérarchisé, le discours est clair, mais la limite de tout ceci est une musique un peu bridée, qui manque de souffle épique et d’émotion.

Assurément l’Orchestre de la Suisse Romande effectuera un beau travail grâce à ce nouveau chef qui demande et obtient. Le lâcher-prise viendra certainement s’imposer de lui-même et avec lui, une plus grande charge émotionnelle.