Le Lahti Symphony Orchestra s’est produit hier au Centre de Musique Krystof Penderecki à Luslawice dans le cadre de sa tournée européenne organisée pour les 150 ans de la naissance de Sibelius. Le programme proposé était entièrement finnois : Jean Sibelius et Jaakko Kuusisto. On était donc plongé dans les fjörds finlandais le temps d’une soirée.

Elina Vähälä © Antti Hannuniemi
Elina Vähälä
© Antti Hannuniemi

C’est d’abord avec une certaine énergie que le public entre dans la salle du Maître Penderecki à Luslawice, située à 90 km de Cracovie. En effet, la règle qui suit prévaut : premier arrivé, premier servi. Une fois que tout le monde a trouvé un siège, Adam Ballas fait un discours inaugural pour présenter cette soirée et son caractère particulier. Le concert est placé sous l’égide de son excellence Hanna Katariina Lehtinen, Ambassadrice de Finlande en Pologne, malheureusement absente ce soir.

Le concert débute donc par la Saga op. 9 de Jean Sibelius. Le chef d’orchestre arrive sur scène, prend à peine le temps de saluer le premier violon solo pour laisser place à la musique. La saga débute sur un tapis de cordes pianissimo qui laissent une place d’honneur au basson, à la clarinette et à la flûte. L’orchestre, assez sûr de lui, semble avancer sans avoir besoin de l’aide de son chef. Ce trait s’était vu au moment des répétitions, quand la première violon donnait ses directives au chef de manière assez ferme.

Le thème se poursuit aux violoncelles, puis c’est au tour des contrebasses de s’affirmer dans cette saga. Le dialogue se poursuit cette fois-ci entre trois violons, l’alto solo et laisse place par la suite à la clarinette et à la flûte.

L’orchestre mêle donc à merveille ces moments intimes, remarquablement interprétés par la première alto, et les tuttis qui font entendre les cuivres et les percussions.

Le morceau s’achève sur un pianissimo, laissant les violoncelles exposer une dernière fois le thème victorieux de la saga. Cette fin tout en douceur laisse le spectateur dans un état presque extatique, comme accrochée aux dernières notes de musique appartenant à ces contrées lointaines.

C’est ensuite au tour d’Elina Vähälä de monter sur scène. Le concerto commence par un solo virulent de la violoniste. Dès les premières notes, un réel dialogue s’instaure entre la violoniste et la harpiste. La dextérité requise pour ce concerto met en avant la très grande technique et virtuosité de la violoniste qui nous sert ses arpèges et ses gammes sur un plateau enivrant d’argent. Le compositeur, lui-même violoniste de formation, rend d’autant mieux hommage à son instrument. La pulsation s’accélère au fur et à mesure et la soliste nous emmène avec elle dans l’univers inquiétant mais enfantin qu’elle crée. Pour ce faire, Jaakko Kuusisto mêle habilement ici les cuivres aux percussions (vibraphone, triangle), aux bois (flûte, clarinette, hautbois) le tout sur un pupitre de cordes pianissimo. Le second mouvement continue dans la même veine, faisant  toujours dialoguer la violoniste avec la flûte et la harpe.

Le concerto se termine sur un crescendo de l’orchestre qui accompagne la violoniste pour une dernière montée. L’assemblée, néophyte pour la plupart, met quelques instants à applaudir la prestation de la finnoise. C’est en effet à ce moment là du concert qu’on se souvient être dans une salle, dotée pourtant d’une excellente acoustique, située au beau milieu dans la campagne polonaise, qui propose des concerts gratuits.

L’orchestre revient après l’entracte pour finir sur la Troisième Symphonie de Sibelius. Les mouvements s’enchaînent donnant une version quelque peu académique de l’œuvre de leur compatriote. Lassé de jouer Sibelius peut-être ? L’orchestre, actuellement au beau milieu de sa tournée européenne, jouera le même programme à Vienne lundi et à Zagreb les jours qui suivent, après l’avoir interprété dans la nouvelle salle de Katowice. Un des violonistes me souffle à demi-mot que malgré son amour profond pour le compositeur finnois, il était ravi de donner un autre concerto pour violon que celui de Sibelius.

Néanmoins, c’est sous un tonnerre d’applaudissement que l’orchestre redonne en bis l’ouverture de la Troisième Symphonie ainsi qu’une autre pièce de Sibelius. Le chef d’orchestre quitte donc la scène à contrecœur devant une salle comble, debout, qui ovationne l’orchestre finnois.

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