Pour sa dernière mise en scène en tant que directeur de l’Opéra-Comique, Jérôme Deschamps est allé piocher parmi les anciens succès de l’opérette française : Les Mousquetaires au couvent. Il propose une mise en scène réactualisée et piquante, et est servi par une distribution de choix et une qualité orchestrale remarquable. 

Franck Leguérinel (l’abbé Bridaine) / Les Cris de Paris © Pierre Grosbois
Franck Leguérinel (l’abbé Bridaine) / Les Cris de Paris
© Pierre Grosbois

Les Mousquetaires au couvent, œuvre de Louis Varney pour la musique et de Paul Ferrier et Jules Prével pour le livret, a été créée en 1880 sur les planches des Bouffes Parisiens, l’année même où s’est éteint Offenbach. L’influence du maître est d’ailleurs encore palpable dans la musique de Varney, que ce soit à travers les rythmes enjoués ou la construction mélodique. L’intrigue est bien ficelée, est aussi simple qu’efficace : deux mousquetaires déguisés en moines s’introduisent dans un couvent pour enlever deux jeunes filles qui ne sont autres que les nièces du gouverneur. En ces débuts de Troisième République, l’armée était très présente dans la société. C’est aussi à ce moment que se préparaient les lois Ferry pour la laïcisation de l’école. Une rencontre entre mousquetaires et pensionnaires de couvent s’annonçait donc sulfureuse. Justement, au deuxième acte, le prêche sur l’amour du mousquetaire Narcisse de Brissac face à des jeunes filles en émoi tient ses promesses.

Jérôme Deschamps a su tirer parti des hardiesses du livret qu’il a légèrement réactualisé et n’a pas hésité à ajouter des effets comiques – à l’exemple d’un Christ de chaire et d’os descendant de sa croix pour prendre sa pause déjeuner. Pour cette série de représentations, le metteur en scène peut compter sur une distribution de choix. Parmi les personnages vêtus de costumes pittoresques évoluant dans des décors de carton pâte, nous saluerons d’abord la superbe prestation de la soprano Anne-Catherine Gillet dans le rôle de la piquante Simone. Ceux d’entre nous qui l’ont entendue dans les grands rôles du répertoire, de Michaëla de Carmen à Sophie de Werther, ne s’attendaient pas forcément à lui découvrir une telle aisance à prononcer les couplets d’opérette ainsi qu’un talent comique de premier plan.

Anne-Marine Suire / chanteuses de l’Académie de  l’Opéra Comique / Les Cris de Paris © Pierre Grosbois
Anne-Marine Suire / chanteuses de l’Académie de l’Opéra Comique / Les Cris de Paris
© Pierre Grosbois
 

Anne-Marine Suire, soprano de l’Académie de l’Opéra-Comique, est convaincante dans le rôle de Marie de Pontcourlay dont elle livre une interprétation sensible et raffinée. Dans le rôle de sa sœur Louise, la mezzo-soprano Antoinette Dennefeld se montre quant à elle tout à fait à son aise. Son jeu théâtral est parfaitement dosé, sa diction est habile, sa voix est ample et belle. Dans le rôle du mousquetaire Gontran de Solanges, le ténor Sébastien Guèze joue à merveille les amoureux transis et nous lui sommes redevables de quelques éclats de rire sincères. Si son chant manque parfois de souplesse, sa voix est aussi d’une grande puissance et d’une belle qualité timbrique. Le baryton Marc Canturri, dont le chant est parfois un peu haché malgré l’énergie qu’il déploie, endosse pour sa part le rôle du deuxième mousquetaire Narcisse de Brissac. Pour notre plus grand plaisir, les deux mousquetaires complices se chargent eux-mêmes d’exécuter une danse parodique très réussie servant d’intermède entre les deux premiers actes. Quelques pas de danse sont également esquissés par le baryton Franck Leguérinel, particulièrement à son avantage, tant théâtralement que vocalement, dans la peau de l’abbé Bridaine, tandis que Jérôme Deschamps lui-même s’approprie avec brio le rôle essentiellement parlé du gouverneur.

Nous ne manquerons pas non plus de faire l’éloge du travail accompli par les choristes des Cris de Paris qui, avec leur diction impeccable et leurs couleurs vocales homogènes, parviennent à rendre le texte fort compréhensible. Enfin, tous ces chanteurs peuvent compter sur le précieux savoir-faire de Laurent Campellone à la tête de l’Orchestre symphonique de l’Opéra de Toulon. Jamais l’intrigue ne passe au second plan derrière un effet orchestral trop appuyé. Au contraire, le chef d’orchestre affirme d’emblée un style léger, alerte et éminemment théâtral. Les différentes composantes, visuelles et sonores, sont alors réunies dans un équilibre propice à l’émerveillement des sens.

Sébastien Guèze ( Gontran de Solanges) / Marc Canturro (Narcisse de Brissac) © Pierre Grosbois
Sébastien Guèze ( Gontran de Solanges) / Marc Canturro (Narcisse de Brissac)
© Pierre Grosbois
 

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