Afin de rendre hommage à Monteverdi dont nous fêtons cette année le 450ème anniversaire de naissance, et après avoir réalisé l’ambitieux projet d’interpréter l’intégralité de ses madrigaux entre 2011 et 2015, Paul Agnew et les musiciens Arts Florissants ont choisi d’interpréter cette saison une œuvre majeure de l’histoire de l’opéra, l’Orfeo, dans la grande salle de la Philharmonie habillée par une mise en espace faisant directement référence au texte de Striggio.

© Philippe Delval
© Philippe Delval

Dans celui-ci, les nombreuses références à la nature ainsi qu’au Dieu Apollon, père d’Orfeo, délimitent un certain cadre qui, si l’intention est de construire un décor fidèle aux scènes chantées, se doit de représenter de manière très littérale le lieu de l’action. C’est, semble t-il, l’approche choisie par Paul Agnew pour illustrer cette œuvre - le directeur adjoint de l’ensemble ayant en effet assuré la mise en espace de cette nouvelle lecture où les musiciens semblent faire partie intégrante du lieu où se joue le drame. Cercles de pierres évoquant le culte du soleil, éléments de nature, costumes tout en drapés et en couleur… Le décor évolue très peu durant le spectacle et l’on regrettera le systématisme de certains gestes, comme les embrassades et les adresses au ciel, qui s’ils ne viennent pas entraver le chant rendent quelque peu naïves certaines scènes pourtant graves si l’on se fie uniquement au texte.  

La qualité de la représentation repose en effet largement sur la justesse de la distribution, à commencer par la jeune mezzo-soprano Lea Desandre, interprétant la messaggiera et la speranza, dont la présence scénique et la voix aux graves lumineux et si expressive dans les intonations confère une grande force tragique à ses deux personnages. Le contre-ténor Carlo Vistoli et le ténor Zachary Wilder font également preuve d’une grande implication tant dans le travail scénique que vocal. Pastore puis Spiriro Infernale, on notera chez Zachary Wilder une remarquable maîtrise des aigus, d’une clarté et d’une force presque glaçante et l’on appréciera également ses graves profonds, bien que peu projetés. Tous deux très bons acteurs, ils semblent se démarquer de l’ensemble sans pour autant trahir l’équilibre souhaité. Antonio Abete (Plutone, Spririto Infernale, Pastore) est quant à lui saisissant vocalement, son timbre tour à tour solennel puis sépulcral étant parfaitement mis au service de ses rôles, mais le baryton-basse semblait quelque peu dérouté par la gestuelle très chorégraphique du premier acte, perdant ainsi en présence. La soprano australienne Miriam Allan (Proserpina, Ninfa) fut plutôt convaincante ; ses aigus très ornés et son timbre généreux ne semblaient pas affectés par les multiples déplacements en scène, dont Cyril Costanzo semblait quant à lui souffrir. Sa voix manquant quelque peu de profondeur, il fit cependant preuve de beaucoup d’implication, et son timbre plutôt suave et chantant lui assura une certaine clarté dans les notes les plus hautes.

Cyril Auvity (Orfeo) © Philippe Delval
Cyril Auvity (Orfeo)
© Philippe Delval
Le rôle central de l’œuvre est tenu par le ténor Cyril Auvity, qui fait preuve d’une intensité dramatique d’une idéale justesse pour incarner Orfeo, tant dans l’exaltation de son amour que dans la douleur qui suivra l’annonce de la mort d’Euridice, à laquelle la voix épurée et cristalline d’Hannah Morrison rend grâce. Le ténor, si juste et précis, semble évoluer dans le répertoire idéal pour son timbre, et devient grâce à cette production assurément l’un des Orfeo les plus marquants de cette saison.