C’est avec un certain empressement qu’une joyeuse foule se réunissait au Victoria Hall en ce mercredi 25 mai. L’affiche exceptionnelle augurait une bien belle soirée : les magnifiques « Sieben frühe Lieder » d’Alban Berg côtoyant la non moins splendide 5ème de Gustav Mahler !

Sir Mark Elder © Simon Dodd
Sir Mark Elder
© Simon Dodd
Quel bonheur que d’entendre ces trop rares lieder de Berg, de plus servis par Anne Schwanewilms, une soprano largement reconnue pour ses incarnations des héroïnes de Strauss et Wagner dans les rutilants  festivals de Bayreuth et Salzbourg, pour ne citer qu’eux… C’est avec un timbre chaud et une magnifique diction que nous entrons dans la chatoyance du magnifique « Nacht » : la voix s’épanouissant au sein de l’onctuosité d’un Orchestre de la Suisse Romande en grande forme sous la direction attentive de Sir Mark Elder, pour ensuite s’évanouir dans une demi-teinte harmonique d’un effet saisissant.

Que ce soit dans les passages avec solos comme dans le très beau « Schilflied » et ses vents impressionnistes, ou le somptueux tapis sonore du « Traumgekrönt », l’Orchestre de la Suisse Romande répond divinement aux inflexions d’un chef totalement inspirant qui étire le temps dans un délice musical total. « Die Nachtigall » fait néanmoins percevoir quelques duretés dans les aigus de la chanteuse, mais cela n’est rien compte tenu de la densité des lignes, de la projection du texte impériale et des délices de couleurs de la soprano. Le « Sommertag » vient couronner de ses somptuosités un cycle aux couleurs wagnériennes dont on aura apprécié l’équilibre entre la soliste et des instrumentistes aux aguets ! Bravo Maestro Elder.

Nous enchaînons avec la divine, magistrale, vénitienne 5ème de Gustav Mahler et son entrée à la trompette, qui ne peut que raviver les mémoires paresseuses. Et si l’entrée impeccable d’Olivier Bombrun est rayonnante d’un son chaud et néanmoins brillant, la noirceur et la nostalgie veint vite reprendre le dessus, l’âme de Mahler n’échappant que peu aux mâchoires de la mémoire d’une vie que l’on sent bouillonnante d’un romantisme exalté.

Des grandes fulgurances, aux moments calmes, l’Orchestre de la Suisse Romande réplique  comme aux aguets à ce chef qui suscite une très large palette de couleurs. Le « Scherzo » fait resplendir le cor solo de Jean-Pierre Berry, toujours aussi fin musicien, tout comme les belles phrases de la trompette, d’un bonheur de subtilité jusqu’à la rayonnante explosion finale du  mouvement !

Evidemment l’Adagietto… Cruelle chose que devoir diriger un tel monument qu’on aura entendu et réentendu, de toutes les manières, en ayant souvent le frisson. La version de ce soir ne s’alanguit pas du côté du sirupeux, mais insiste sur cette grande phrase qui se déroule, en vagues calmes, les altos noircissant délicieusement la scène. Il va de soit que de-ci, de-là, la lagune vient dans les imaginaires s’immiscer… Un moment suspendu !

Le « Rondo et Finale » fait sensation, tout allant avec malice vers cette apothéose, énorme, sourianteOn ne peut que louer un chef qui a réussi à préserver les équilibres dans une musique qui eut vite pu donner dans la surenchère sonore. Une mention toute particulière à la suavité des cordes, ainsi qu’à l’homogénéité des cuivres et au respect d’un certain équilibre. Un très beau moment de musicalité !