Cette œuvre, écrite par Benjamin Britten dans l'immédiate après-guerre, est avant tout didactique. Destinée à être jouée par et pour des enfants, elle a pour but de démocratiser un genre réservé alors à une élite. 

Le Petit ramoneur © Patrice Nin
Le Petit ramoneur
© Patrice Nin

Elle est construite en deux parties. Dans la première, les protagonistes décident de monter un spectacle à partir d'une histoire que leur raconte Mrs Parworthy : Sam, un petit garçon vendu par son père à un ramoneur sans scrupule, réussit à s'échapper avec l'aide de quatre enfants et la complicité de leur nurse. "Pourquoi pas un opéra ?", suggère le pianiste Norman qui se charge d'écrire la musique ; on passe alors en revue la problématique d'une telle entreprise, de la brièveté des délais à l'exigence d'une musique qui suive le texte, ce qui est l'occasion d'exposer les principaux thèmes.

La seconde partie est l'opéra lui-même. Britten y utilise toute une palette de rythmes (du chœur d'entrée à cinq temps à la petite marche finale en passant par des valses), d'harmonies et de formes (quatuors, récitatifs, arias etc...). C'est comme s'il voulait nous faire un résumé de toute l'histoire de l'opéra.

La mise en scène de Caroline Bertrand-Hours est aussi axée sur la pédagogie : les élèves du lycée des métiers du bâtiment Urbain Vitry ont réalisé le décor, très sobre, fait de tuyaux avec une échelle à crinoline représentant la cheminée. Les costumes et les accessoires ont été réalisés par les élèves du lycée des métiers de la vente et de la mode Gabriel Péri. Les chœur et les rôles secondaires sont chantés par des enfants des écoles J.P. Vernant et A. France qui ont eu de nombreuses répétitions avec la chef de chant Caroline Labadens-Ramières pendant l'année. 

Le directeur musical Christophe Larrieu n'en est pas à son coup d'essai : il a dirigé cette œuvre au moins quatre fois depuis 2002. C'est avec beaucoup d'aisance qu'il monte sur scène entre les deux parties pour faire répéter le chœur final au public. Dans la version initiale destinée à être jouée en Angleterre, les spectateurs devaient chanter quatre chœurs mais les anglo-saxons sont sans doute plus aptes que nous à ce genre d'exercice.

En ce qui concerne l'interprétation musicale,  rien à reprocher aux jeunes musiciens dans la fosse : ils ne sont que sept solistes mais ils suffisent amplement pour accompagner les voix. On excuse bien volontiers les petits défauts dans l'interprétation des enfants : même si les notes aiguës pourraient être un peu plus soutenues, car la justesse en pâtit souvent (pas facile le chant du matin !), on est conquis par leur fraîcheur et la façon qu'ils ont de regarder le chef en coin mais de façon ostensible avant leurs départs.

On aurait aimé un plus chez les professionnels plus âgés : Christelle Gouffé a une bonne diction dans le rôle de Mrs Parworthy , mais elle manque un peu de puissance dans celui de Miss Baggott. Clémence Garcia a une belle voix de soprano, ses aigus bien pleins sont très prometteurs, mais on ne comprend pas toujours ce qu'elle dit. François Pardailhe est un ténor léger agréable, mais son rôle n'est pas central. C'est finalement Julius Jonzon que l'on comprend le mieux en dépit de son fort accent suédois, et c'est sans doute grâce à son énergie qu'on se laisse prendre dès le début par cette histoire simple du librettiste Eric Crozier.  On retiendra surtout la performance du chœur des enfants, toujours juste et en rythme ce qui a dû demander beaucoup de travail pendant l'année. Et il faut avouer qu'ils sont très mignons dans leurs T-shirts déchirés et leurs shorts troués couverts de suie. 

En bis, et pour le plus grand plaisir du public, reprise du choeur final : "Descendez le voyage est fini. A tout le monde un grand merci!"