Le Trio Spyros a proposé deux œuvres romantiques, l'une russe, l'autre allemande pour le concert d'ouverture du Concours de Musique de Chambre d'Illzach : le Trio pour piano n°1 en ré mineur op. 63 de Schumann, précédé du Trio n°2 Op. 62, en ré mineur d’Eduard Napravnik. Découverte, pour beaucoup, de cette œuvre généreuse et de son compositeur d'origine Tchèque, Eduard Napravnik. Le trio a livré une interprétation finement élaborée et stimulante de ces pièces.

Trio Spyros © Trio Spyros
Trio Spyros
© Trio Spyros

Le Trio Spyros dont l'un des membres, Denis Severin, faisait partie du jury du XXème concours International de Musique de Chambre d'Illzach, (Alsace, région de Mulhouse) était invité à donner le concert d'ouverture de cette manifestation. Formé de musiciens concertistes et professeurs à la Hochschüle der Künste de Berne (CH), le trio brille dans un répertoire connu, mais s'attache également à la renaissance d'œuvres romantiques quelque peu tombées dans l'oubli. Le trio compte, à ce titre, une redécouverte des compositions de Luise Adolpha Le Beau, élève de Clara Schumann et des œuvres d’Eduard Napravnik dont le Trio n°2 pour piano op. 62 figurait au programme de la soirée. La carrière de Eduard Napravnik, originaire de Bohème Orientale se déroule pour l'essentiel à Saint Petersbourg de 1861 à 1914. Compositeur lorsque le temps lui en était laissé, il s'est surtout fait connaître comme chef d'orchestre, au service d'œuvres - dont des créations marquantes - de Moussorgski, Tchaikovski, Rimski-Korsakov, Cui.

Composé de Tatiana Korsunskaya (Piano), Bartek Nizioł (Violon), Denis Severin (violoncelle), le trio a su, avec une parfaite homogénéité, rendre sensible le pouvoir expressif des formes proposées. Le thème ouvrant le trio de Napravnik sépare une fonction mélodique legato confiée aux cordes d'une fonction rythmique de fonds, souvent staccato, confiée au piano avant que ce dernier, à la faveur d'un forte ne se porte au premier plan. Position qu'il occupera ensuite alternativement avec les cordes. Le mouvement est continue et dynamique. Les interprètes excellent ainsi dans ce qui ressemble à une sorte de joute ludique et joyeuse. Le trio procure encore cette impression dans le scherzo du deuxième mouvement, enchaînant les gammes virtuoses, virevoltant sur un rythme dansant. Effets d'autant plus saillants qu'interrompus un moment par un second thème aux amples legatos des cordes, lentes et majestueuses, soutenues cependant par la frappe énergique du piano.

Les interprètes rendent ainsi justice aux multiples et riches ressources d'une composition faite de contrastes saillants, voire de ruptures. Expression de sentiments extrêmes, familiers de la musique russe de l'époque. La consonance presque continue entre le violon et le violoncelle augmente la force de leur jeu. Tantôt le  piano partage leurs lignes mélodiques, les soutenant de ses accords et de son phrasé tout en retenue ; tantôt il apporte le tranchant et les accents d'un fougueux toucher. Sous les doigts de Tatiana Korsunskaya les attaques, les nuances sont impeccables. Cette articulation soignée entre les instruments s'impose encore, bien que dans une atmosphère différente, au cours de l'Élégie que constitue le troisième mouvement. La notation du compositeur sur la partition : con tenerezza, "tendrement", est respectée avec une particulière sensibilité. Le thème qui ouvre le dernier mouvement surprend par ses accords, ses intervalles, son rythme pleins d'entrain rappelant quelque peu une musique tzigane. Le Trio Spyros conduit cette œuvre avec une intelligence et une passion propres à rendre séduisante la composition qu'il entend faire découvrir au public.

Les interprètes mettent également leur enthousiasme, leur rigueur et leur complicité au service du Trio n° 1 en ré mineur de Schumann. Bien que n'étant pas essentiellement une salle de concert, le lieu qui accueille cette soirée et le concours de musique de chambre qui suivra, dispose d'une acoustique permettant d'apprécier à la fois la netteté du timbre de chaque instrument et les parfaits effets d'ensemble. Ainsi se détache, dans le premier mouvement, l'admirable ligne du violon de Bartek Nizioł dont la pureté du son culmine avec une touchante poésie dans le registre de l'aigu. Inspiration dont le rayonnement s'étend à la profonde et somptueuse réponse développée dans les graves par le violoncelle de Denis Severin. Comme au cours de l'œuvre précédente les musiciens abordent un scherzo à l'enthousiasme communicatif tout au long du deuxième mouvement. Entre mélancolie et méditation, les modulations du troisième mouvement offrent l'impression d'un récit au développement duquel contribue le dialogue entre instruments. Impression qui s'efface lorsque, sans transition, l'attaque du mouvement final, telle une sorte de  soudain embrasement (l'indication de Schumann est Mit Feuer …) vient soulever l'enthousiasme d'un public qui sait gré à ce bel ensemble Spyros de son art accompli et de son engagement sans restriction.

Ce concert a constitué un excellent prélude à  la confrontation qui s'est déroulée les jours suivants entre les jeunes talents issus de divers pays d'Europe, au sein de trente trios et quatuors inscrits au concours.

 

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