Mardi 1er juillet était donné à la Chapelle Royale de Versailles un programme intitulé “Gloire à Dieu et au roi d’Angleterre”, dans le cadre du festival de Versailles. Six œuvres de Haendel étaient interprétées par The Sixteen, sous la direction de Harry Christophers : le Dixit Dominus, les quatre Coronation Anthems et l’ouverture de Jephta. La dynamique un peu lisse du début a finalement laissé place à une énergie pleine d’expressivité. Un concert plaisant, autour d’un compositeur génial.

Harry Christophers © Stu Rosner
Harry Christophers
© Stu Rosner

Le thème de la soirée, la louange du monarque et du dieu dont il est le représentant sur terre, fait allusion à la cérémonie du couronnement de Georges II d’Angleterre, en 1727. C’est à cette occasion que Haendel a composé les Coronation Anthems, joués tous les quatre par The Sixteen. La forme de ces pièces est en adéquation avec le faste de l’événement célébré : à l’orchestre de cordes s’ajoutent trompettes et timbales, et l’écriture chorale dégage une puissance triomphale à l’image de la suprématie du roi. Le Dixit Dominus est achevé vingt ans plus tôt, en Italie ; mise en musique du Psaume 109 qui glorifie le Dieu des Armées,  l’œuvre correspond au premier chef-d’œuvre avec chœur de Haendel, et contient deux parties pour voix solistes enchâssées entre les sections pour ensemble vocal et instrumental.

The Sixteen ouvre les festivités avec le plus célèbre des Anthems, Zadok the Priest. Ce choix permet à l’ensemble d’entrer en matière avec un hymne aux éclats triomphants, que les instrumentistes restituent avec un son pur et éclatant. Le chœur manifeste une énergie tout aussi ardente dans le chant mais sans une expressivité équivalente au niveau des visages, ce qui minimise la portée extatique du morceau. Le chef, Harry Christophers, dirige joyeusement les musiciens avec de grands gestes et une allure sautillante. Tout de suite après cette introduction brillante arrive le Dixit Dominus. Dès l’entrée du chœur, on sent que les attaques sont un peu molles et que la musique se déroule de façon plus métronomique qu’habitée. Les voix de solistes, issues du chœur – et non pas solistes en tant que telles –, exécutent leurs airs avec une bonne technique, mais manquent de brio : les accents ne sont pas tous en place en raison de souffles un peu courts, le vibrato n’est pas affirmé ni charnu, et la recherche du phrasé semble passer derrière la capacité physique à réussir les vocalises. Pourtant, mêlées ensemble, les voix du chœur sonnent superbement, surtout dans le registre forte. On apprécie beaucoup les soufflets (crescendos/decrescendos), soignés et réussis, malgré une absence regrettable de couleurs dans les passages requérant une nuance médiane (mezzo-piano ou mezzo-forte). Plusieurs caractéristiques de jeu et de chant donnent une impression générale de maîtrise de l’œuvre : dialogue malicieux entre les pupitres d’instruments, irrésistible montée en puissance du son choral grâce aux entrées successives des voix, effort d’articulation et cohérence des masses sonores… Toutefois, la sensation normalement produite chez l’auditeur par une composition si foisonnante est l’abandon de soi sous les jaillissements sonores incessants, qui s’entrecroisent en permanence sans se laisser jamais identifier isolément. Ce n’est pas l’impression que déclenche The Sixteen, qui manque de fougue, d’ardeur, de colère vengeresse et d’élans dignes d’être craints. Il s’agit bien d’une interprétation animée, mais sans âme.

Heureusement, la deuxième partie du concert se révèle nettement plus éblouissante, comme si les musiciens étaient finalement entrés dans la musique. L’ouverture de Jephta est interprétée avec une théâtralité parfaitement juste et saisissante, suite au psaume du couronnement du roi, The King shall rejoice, lui aussi plein de contrastes bienvenus. Les deux derniers Anthems, Let thy hand be strengthened et My heart is inditing, témoignent d’une fervente implication des choristes et d’une belle utilisation des silences et des respirations phrastiques par les instrumentistes.

The Sixteen étant un ensemble reconnu principalement pour ses interprétations de polyphonies de la Renaissance, il n’est pas surprenant qu’ils magnifient plus particulièrement dans un programme Haendel les moments tutti, rayonnant de solennité et de brillance harmonique. La qualité de la direction d’Harry Christophers et l’excellent niveau du chœur ont permis à The Sixteen d’offrir malgré quelques faiblesses un concert tout à fait séduisant, dans un lieu somptueux où la résonance embellit encore la texture des œuvres. 

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