Est-ce ce beau diadème qui ceint ses cheveux, qui biaise notre jugement ? Ce vendredi soir au Festival Radio France Occitanie Montpellier, Hilary Hahn s’impose sur la scène du Corum avec un port royal, une stature de commandeur. Tout en elle respire le calme, la sérénité, la confiance. Pour aborder le Concerto n° 1 de Max Bruch, qu’elle joue avec la Deutsche Kammerphilharmonie Bremen dirigée par Omer Meir Wellber dans le cadre de leur tournée d’été, elle impose sa vision d’un trait sûr et clair, tendu. L’orchestre se révèle, dans le premier tutti, avec une dynamique et une profondeur très engagées, presque surprenantes après l’apparente docilité avec laquelle ils servaient la soliste. Et le dialogue reprend, toujours avec une forme de tension.

Au bout de ce premier mouvement, une transition miraculeuse amène une romance comme offerte sur un coussin d’or, dans un souffle, à la soliste. La poésie glisse du violon à l’orchestre dans un seul geste étale et maîtrisé. Quant à l'orchestre, il n’est jamais lourd, en maîtrise totale de ses nuances. L’introduction du finale est splendide, elle relance totalement le propos ; toute la tension qui habitait le rapport entre la DKB et Hahn a disparu et la violoniste sourit enfin, cédant à la direction enjouée du chef.
Bruch était précédé et suivi de Mozart. On y retrouve l’orchestre dans son effectif habituel, plus léger, avec une trentaine de cordes. C’est l’ouverture de Don Giovanni qui commençait la soirée : tempos rapides, vivacité et netteté réjouissantes. Puis la Symphonie n° 1 du compositeur salzbourgeois où l’on retrouve la même clarté des articulations, mais assez vite un sentiment de lassitude. Peut-être le matériau thématique, relativement pauvre, aurait-il demandé plus d’animation ? La beauté naturelle de quelques phrases inspirées n’y suffit pas, pas plus que les nuances triple piano un peu hors de propos. Le basson qui s’est glissé dans le rang des violoncelles, jouant colla parte, montre l’ambition d’un jeu historiquement informé, certes, mais elle ne fait pas tout.
Aussi l’on est heureux de retrouver l’orchestre gonflé, pour une Symphonie n° 4 de Schumann qu’il connaît sur le bout des doigts. Et c’est justement parce que ses musiciens la maîtrisent tant qu’Omer Meir Wellber peut en dévoiler toute sa vision. Le chef n’a pas de baguette, et presque pas de battue ; la DKB n’en a pas besoin. Ses intentions sont ambidextres : à quelque endroit que se situent les instruments concernés par sa volonté, le geste précis leur parvient. Il est expressif avec tout son corps, capable de bondir ou de rebondir, voire de danser. On le ressent physiquement sur l’orchestre : quand il se replie sur lui-même en reculant, c’est comme s’il absorbait tout le son qui s’éteint presque. Les dynamiques et les nuances de la partition de Schumann en sont glorifiées.
On retrouve la belle précision rythmique que l’on avait aimée chez Mozart, doublée de cette nouvelle capacité à installer des micro nuances dans des endroits reculés de l’œuvre. On retrouve aussi cet art de la transition entre les mouvements qui nous avait plu chez Bruch, porté à sa perfection dans cette symphonie aux quatre mouvements enchaînés. C’est particulièrement frappant dans le pont entre les troisième et quatrième volets : cette respiration retenue, glissée entre deux blocs vifs, avec ses graves creusés, cette tension, construisent l’explosion du finale qui sera pris très vif.
Enfin, nous assistons au rappel le plus foutraque de l’année. Wellber revient sur scène pour une Danse hongroise n° 1 de Brahms accompagnée du triangle sur pied, que le chef jouera tout en dirigeant. C’est inégal bien sûr, mais grisant et tellement réjouissant !
Le déplacement de Thibault a été pris en charge par le Festival Radio France Occitanie Montpellier.

















