Artiste associée au Théâtre des Gémeaux, Laura Bachman, jeune chorégraphe, ancienne danseuse du ballet de l'Opéra de Paris qui a travaillé également auprès de Benjamin Millepied et d'Anne Teresa de Keersmaeker, signe avec Commençons par faire l'amour une création autour de la figure de Marie issue de la tétralogie littéraire de Jean-Philippe Toussaint (Faire l'amour, Fuir, La Vérité sur Marie, Nue). Il s'agit de sa deuxième création après Ne me touchez pas, présentée en 2024.

<i>Commençons par faire l'amour</i> de Laura Bachman &copy; D.R.
Commençons par faire l'amour de Laura Bachman
© D.R.

Le titre ne semble toutefois pas en adéquation avec le spectacle. Il fait surtout allusion à la première rencontre entre Laura Bachman et Jean-Philippe Toussaint qui a démarré la discussion en proposant de débuter par son premier tome Faire l'amour, et a donc annoncé à la chorégraphe : « commençons par Faire l'amour ». Cette anecdote diffusée autour du spectacle témoigne d'un humour pourtant absent lors de la représentation, et on peinera également à voir éclore une chorégraphie sur l'amour.

La réussite du spectacle tient de ses scènes finales : Laura Bachman qui danse se fait aussi récitante. Elle partage des extraits de l'œuvre de Toussaint avec beaucoup de sensibilité. Plusieurs danseuses interprètent à tour de rôle ou simultanément M.M.M.M., Marie Madeleine Marguerite de Montalte, personnage central du cycle romanesque de Jean-Philippe Toussaint. On remarque le port de tête magistral de Marion Barbeau, ancienne Première Danseuse du Ballet de l'Opéra national de Paris, lorsqu'elle interprète Marie à cheval. Tout un travail corporel est pensé autour de la figure du cheval, de manière assez singulière et percutante. 

La danseuse et chorégraphe raconte ainsi une scène où Zahir, un pur-sang, est lâché dans un aéroport. La dynamique change alors et s'intensifie. Les danseurs frappent le sol et secouent la tête, énervés à l'image du pur-sang. Comme un crescendo, la fin du spectacle marque une libération des corps et une esthétique déchaînée et sauvage.

<i>Commençons par faire l'amour</i> de Laura Bachman &copy; D.R.
Commençons par faire l'amour de Laura Bachman
© D.R.

Les extraits déclamés par Laura Bachman sont bien choisis et bien interprétés. On regrette cependant qu'il n'y en ait pas plus et ce dès le début du spectacle. Pourquoi ce début si abstrait et silencieux, difficilement compréhensible ? Une femme en longue robe bleue enchaîne des mouvements, bras en l'air, puis au sol, mimant la cigarette aux lèvres, puis bouche ouverte pour figurer le cri. Cette séquence de mouvements est reprise par les trois autres danseuses qui entrent progressivement en scène. Puis les quatre danseuses marchent en rythme dans l'espace scénique, dans un style qui rappelle Anne Teresa de Keersmaeker. Même si les interprètes sont charismatiques, l'ennui s'installe car on ne découvre rien de nouveau et chaque séquence est répétée un (trop) grand nombre de fois.

Il en va de même pour deux couples disposés face à face sur des chaises qui échangent par les gestes des rires, des bises, jusqu'à une accélération terrible des mouvements qui déforme leurs interactions. Pourquoi cette construction décousue entre scènes abstraites et descriptives, sans homogénéité stylistique, avant enfin d'entrer dans les textes de Toussaint ? On quittera la salle partagée, avec la sensation que le propos littéraire aurait pu nourrir encore davantage le mouvement.

<i>Commençons par faire l'amour</i> de Laura Bachman &copy; D.R.
Commençons par faire l'amour de Laura Bachman
© D.R.
<i>Commençons par faire l'amour</i> de Laura Bachman &copy; D.R.
Commençons par faire l'amour de Laura Bachman
© D.R.