À l’Opéra de Nice, Le Villi de Puccini se présente comme une œuvre brève mais saisissante, portée par une atmosphère visuelle immédiatement forte. Cette œuvre rarement donnée qui s’avère être le premier opéra de Puccini, mêle opéra, ballet et conte fantastique autour d’une histoire d’amour trahi inspirée de la légende des jeunes femmes mortes avant leurs noces.

Dès le lever de rideau, le public laisse échapper un murmure admiratif : au centre du plateau, un immense chêne s’élève vers le ciel, laissant apparaître ses racines comme les traces visibles d’un monde souterrain. La fumée ajoute au mystère, tandis que les murs, composés de fragments de statues antiques et humaines, inscrivent d’emblée le drame dans un univers symbolique, entre mémoire, ruine et apparition.
La mise en scène de Stefano Poda cultive une certaine sobriété. Les costumes blancs, drapés, donnent aux personnages une allure presque fantomatique. La palette visuelle joue principalement sur le blanc et le noir, avant de basculer dans des éclats plus violents lorsque surgissent les Villis. Leur apparition marque un véritable tournant : costumes rouges et noirs, lumière rouge, fouets, gestes démoniaques, danses de sabbat. Les mouvements répétés, saccadés et tournoyants donnent alors à la scène des allures de danse macabre. Les fils noirs, semblables à des toiles d’araignée, renforcent cette impression d’un destin qui se referme sur les personnages.

Musicalement, la soirée séduit par la chaleur de l’Orchestre Philharmonique de Nice dirigé par Valerio Galli. L’ouverture, ronde et ample, installe des émotions franches, sans excès. Le chef trouve un bel équilibre entre la fosse et le plateau : le chœur, harmonieux, sobre et efficace, s’impose sans jamais écraser l’orchestre, et l’orchestre soutient le drame avec souplesse. Quelques jeux d’écho entre les chanteurs et la fosse soulignent l’intelligence de la construction musicale. On entend déjà chez le jeune Puccini ce goût pour une émotion directe, portée par une matière orchestrale enveloppante.
Dans le rôle d’Anna, Vanessa Goikoetxea marque d’emblée une présence vocale très forte. Son timbre chaleureux et flexible lui permet de passer rapidement d’une couleur à l’autre, de la douceur à la colère, de la plainte au rejet. Elle ne cherche pas la démonstration : son chant reste nuancé, théâtral, précis dans l’intention. Lors de son retour final, en costume blanc drapé, presque spectrale, elle impose une figure de femme blessée, revenue du monde des morts pour faire face à la trahison.

Face à elle, Thomas Bettinger incarne Roberto avec un timbre plus sobre, d’apparente simplicité. Son chant touche davantage par le naturel et l’émotion que par l’éclat. Il arrive toutefois que l’orchestre le couvre légèrement, ce qui affaiblit certains passages. Armando Noguera, en Guglielmo, campe d’abord un père calme et posé, avant de gagner en colère et en autorité lorsque la douleur devient vengeance. Dans les ensembles, cependant, c’est souvent la soprano qui domine par l’intensité de sa présence.
La récitante, Monica Guerritore, assure la continuité du drame avec des phrases simples et des interventions courtes. Ce choix fonctionne d’autant mieux que la scène ne reste jamais figée : les personnages miment les actions évoquées, maintenant une tension visuelle constante. La lumière accompagne cette progression dramatique, chaude au début, puis de plus en plus froide dans les moments tragiques, notamment autour de la mort. Cette esthétique contribue à faire de ces Villi un véritable conte noir, et à proposer une vision à la fois introspective, fantastique et intemporelle de cet opéra de jeunesse.




