La soirée proposée par l'Orchestre National de Lyon n'aura laissé personne indifférent, c'est certain. Au programme : un cheminent progressif vers la lumière et joie au travers d'œuvres de PärtSibelius, et Brahms, sublimées par l'énergie d'Alain Altinoglu et la finesse de la violoniste russe Viktoria Mullova.

Viktoria Mullova © Henry Fair
Viktoria Mullova
© Henry Fair

Les premières notes d'une courte pièce de Pärt en mémoire de Britten résonnent, installant une sombre incantation. L'atmosphère est pesante mais recueillie, à l'image de cette musique graduelle et suppliante. L'orchestre, d'abord tout en retenue, s'épanouit ultimement en un tutti brillant tout au long de cet obsédant crescendo ponctué par une cloche funèbre. Un long silence répond au dernier accord fortissimo, personne n'osant interrompre ce moment de recueillement. Enfin, la main d'Atinoglu s'abaisse et emporte en un geste la tension qui planait sur l'audience.

Viktoria Mullova fait une entrée discrète ; elle nous proposera ce soir une lecture particulièrement fine. La violoniste russe entame l'Allegro Moderato avec une grande tendresse. Alain Atinoglu laisse la phrase se déployer pleinement et maintient l'orchestre uni autour d'une nuance pianissimo. Nous ne pouvons qu'être suspendus aux mouvements de l'archet de la virtuose qui sait tenir son public en haleine, alternant implacablement et avec emphase de grandes périodes lyriques et des segments d'une sobriété extrême. Les tutti sont tantôt tempétueux dès lors que la parole est donnée entièrement à l'orchestre, tantôt d'une subtilité délicieuse permettant à l'interprète de s'épanouir. Mullova les écoute d'ailleurs presque religieusement, le regard bas mais intense, ne relâchant jamais la tension nécessaire à l'exécution parfaite du Concerto. Si l'on aurait pu espérer une interprétation plus contrastée encore, il n'en demeure pas moins qu'il nous est donné d'assister à un grand moment de musique. La violoniste, sombre et magnétique, semble tout entière offerte à son instrument, à ses couleurs chatoyantes. Après de nombreux rappels, Mullova nous offre un dernier instant de grâce avec l'Adagio de la Sonate n°1 BMV 1001 de Bach. L'occasion pour un public pleinement attentif de savourer le son très équillibré de son Stradivarius de 1723, le « Jules Falk ».

Alain Altinoglu © Marco Borggreve
Alain Altinoglu
© Marco Borggreve

L'intégrale des symphonies de Brahms avait été donnée à la saison passée. N'est retenue ce soir que la deuxième, se démarquant de ses consœurs par son caractère enjoué. Alain Atingolu impose ses dynamiques : les tempi sont enlevés, les gestes grands et larges. Les variations rythmiques sont telles que les cordes semblent danser, unies en un seul et même mouvement. Le maestro ne craint nullement de stimuler avec une énergie débordante les différents pupitres qui répondent aisément à toutes ses demandes et proposent ainsi une interprétation nuancée et alerte. Les longues phrases romantiques du second mouvement permettent d'apprécier des tutti particulièrement emphatiques, et si brillants qu'une véritable vague de bonne humeur se propage de droite à gauche, enhardissant le public à applaudir chaleureusement entre les mouvements. La grande spontanéité du final n'entame en rien l'équilibre de l'ensemble, où chaque pupitre se détache distinctement. Une interprétation pétillante et joyeuse tout aussi longuement saluée que le Concerto. On en redemande!

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