A l'occasion de la 11ème édition des Etés de la Danse, l'Alvin Ailey American Dance Theater est de retour au Théâtre du Châtelet. La programmation mixte du festival rend une nouvelle fois hommage au travail du danseur et chorégraphe Alvin Ailey, fondateur de la compagnie en 1958, et permet aussi de découvrir pour la première fois en France certaines œuvres plus récentes qui continuent de faire vibrer l’âme afro-américaine héritée d'Alvin Ailey.

<i>Lift</i> © Rosalie O'Connor
Lift
© Rosalie O'Connor

Le rideau s’ouvre sur Lift, créé en 2013 par la chorégraphe canadienne Aszure Barton en collaboration avec les danseurs de la compagnie. Lift est une photographie de la technique originale des danseurs et de la vitalité de leur danse, que la chorégraphe a su illustrer après plusieurs collaborations avec la troupe. Hommage à la puissance sculpturale des corps, Lift est à la fois intime et identitaire. Parmi les danseurs, Jamar Roberts, effigie de la compagnie, illustre l’ambivalence entre monumentalité et mobilité, par un travail de bras d’une grande fluidité. A ses côtés, l’énergie communicative des sauts et des tours des danseuses semble une invitation à la danse – sympathique ouverture de ce programme.

Le Pas de Deux d’After the Rain, de Christopher Wheeldon, dansé aujourd'hui par de nombreuses compagnies classiques et contemporaines, montre une autre facette de l’Alvin Ailey American Dance Theater. Egalement ouvert aux influences néoclassiques, son directeur Robert Battle a développé de nombreuses collaborations avec des chorégraphes prépondérant sur la scène internationale: Christopher Wheeldon, Jiri Kylian, ou encore Wayne McGregor. Si le Pas de Deux de Wheeldon ne manque pas de sensibilité, le registre chorégraphique très technique offre peu de relief sur le plan de l’interprétation et se prête moins aux qualités du couple de danseurs Linda Celeste Sims et Glenn Allen Sims. Parenthèse de calme en contrepoint avec l’énergie pénétrante de Lift, la chorégraphie de Wheeldon, aux airs de déjà-vu, ne surprend guère.

Four Corners, du chorégraphe américain Ronald K. Brown, puise dans les danses contemporaine et africaine une esthétique d’une grande richesse culturelle. La création de Brown illustre la quête spirituelle d’un peuple dans une transe à l'intensité croissante. Interrogation sur l’esprit de communauté, Four Corners montre une réelle recherche sur le collectif avec des ensembles qui se font et se défont en permanence. La musique de Carl Hancock Rux, qui marie les chants traditionnels à une rythmique électro-jazz, apporte une couleur chaleureuse à cette chorégraphie sur mesure, parfaitement adaptée à l’esprit de l’Alvin Ailey American Dance Theater.

<i>Revelations</i> © Nan Melville
Revelations
© Nan Melville
Pour clore cette première représentation, l’Alvin Ailey American Dance Theater fait revivre Revelations, messe gospel endiablée chorégraphiée en 1960 par Alvin Ailey. Les premiers chants, I been Buked, Didn’t My Lord Deliver Daniel et Fix Me, Jesus sont une gloire solennelle à Jésus dansée sous la lumière grave d’un projecteur. Avec Take me to the Water, deuxième tableau, les danseurs se lancent dans une procession plus délurée. Les derniers negros spirituals, aux accents rock’n’roll, jaillissent enfin dans une ambiance exaltante et généreusement ovationnée.