La pianiste Hélène Grimaud était attendue jeudi 17 et samedi 19 septembre pour un récital avec l’Orchestre national de Lyon dirigé par Leonard Slatkin à l’Auditorium. Malheureusement, la musicienne étant souffrante, elle a été remplacée par le pianiste américain Nicholas Angelich.

Nicholas Angelich © S. de Bourgies
Nicholas Angelich
© S. de Bourgies

Le programme prévu initialement n’a été modifié que dans l’inversion de ses deux parties. Le concert a donc commencé par Le Cycle des gris de Bruno Mantovani composé en 2004 et créé l’année suivante à Dijon. Le compositeur a essayé ici « d’élaborer un discours linéaire, donnant un sentiment de perpétuelle transition ». Il « pensait aussi à une forme se repliant sur elle-même, à une fin pouvant (re)conduire au début, à une écriture de processus ». Nous commençons donc par un solo de timbales et une certaine tension laissant penser que l’on est ici dans une sorte de « gris foncé ».

On s’interroge cependant sur la cohérence du programme avec cette œuvre qui dénote quelque peu à côté de ce qui viendra par la suite. Tou d'abod les Variations Enigma, op. 36 d’Edward Elgar datant de 1899. L’orchestre s’est étoffé pour l’occasion, engendrant une légère attente qui n’avait rien de gênant. La différence d’ambiance avec Le Cycle des gris est rapidement notable, mais l’Orchestre national de Lyon parvient à passer de l’un à l’autre. Néanmoins, l’ensemble manque peut-être légèrement de netteté dans l’ensemble de l’œuvre et les vents prennent parfois un petit peu trop de place, notamment face aux cordes. Cette œuvre permet aussi d'entendre l’orgue de l’Auditorium qui se mêle aux autres instruments sans jamais les écraser.

Enfin, après l’entracte vient le moment tant attendu du Concerto pour piano et orchestre n°2 en si bémol majeur, op.83 de Johannes Brahms composé entre 1878 et 1881. Nicholas Angelich est entré sur scène, boitant légèrement mais d’une stature imposante, donnant presque l’impression que le piano est un instrument d’enfant. L’orchestre entame alors le premier des quatre mouvements de ce concerto original puisque Brahms intervertit le deuxième mouvement lent et le scherzo que l’on attend ensuite, créant un début doublement vif même si les premières notes sont délicates et laissent le public pénétrer progressivement dans l’univers de l’œuvre. Cor et piano se répondent, puis l’orchestre au complet prend le relais.

L’ensemble est alors des plus harmonieux, les instruments s’entendant les uns avec les autres, le piano ne supplantant pas ses collègues. Le jeu de Nicholas Angelich est excellent : ses mains ne flottent pas sur le clavier mais se promènent, voyagent, trottinent même. Le jeu n’est peut-être pas féminin, mais il ne manque pas pour autant de douceur, faisant enchaîner les mouvements les uns après les autres sans que l’on voit le temps passer.

En conclusion, la qualité ne perdait pas au change avec Nicholas Angelich et l’ordre du programme était même plus logique ainsi. Toutefois, il faut bien avouer que de nombreux spectateurs restaient déçus non pas de la belle soirée passée, mais de l’absence d’Hélène Grimaud qu’ils attendaient avec impatience, ce qui explique certainement le nombre de places vides jeudi dernier. Une nouvelle preuve que les absents ont toujours tort !

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