À tous les mélomanes dont l’humeur décline avec l’automne, venez redécouvrir l’Amérique de Gershwin et de Bernstein avec l’Orchestre National de Bordeaux ! La chef d’orchestre Karen Kamensek a transmis aux musiciens et au public le plaisir de se laisser emporter par la musique et de danser sur les rythmes de Broadway.

La chef germano-américaine revient à Bordeaux dans un programme entièrement américain : aux deux emblèmes musicaux que sont Leonard Bernstein et George Gerswhin s’ajoute Hershy Kay, orchestrateur des pièces de Gottschalk, Samuel Barber, Aaron Copland et Louis Prima. Les pièces sont savamment agencées, l’ouverture du concert empruntant l’ardeur de l’ouverture de l’opéra Candide de Bernstein, l’Adagio pour cordes de Barber en deuxième position contrastant par sa mélancolie et sa douceur. Les pièces des quatre compositeurs suivants sont toutes davantage rythmées, aux intonations de plus en plus jazz. Des accents western de la suite du ballet Rodeo de Copland, aux sons des klaxons dans Un Américain à Paris de Gershwin, le swing de Sing Sing Sing de Louis Prima termine en beauté le programme.     

Karen Kamensek © Lewin Management
Karen Kamensek
© Lewin Management
L’ouverture de Candide de Bernstein est très courte mais donne un élan fougueux à cette redécouverte de l’Amérique. Les cuivres retentissent avec force tandis que les cymbales ponctuent les phrases. L’orchestre s’adonne ensuite au lyrisme dans l’Adagio pour cordes de Barber. Le thème mélancolique des violons se fond dans les basses sublimes des violoncelles et contrebasses, tel un seul et même souffle infini. Les gestes de Karen Kamensek ne s’arrêtent pas non plus et guident les musiciens dans les nuances du thème. Dans la suite du ballet Rodeo de Copland, les cordes, les bois et les cuivres entrent dans un jeu de question-réponse où chacun joue le même thème, mais modulé. Enfin, pour le Hoedown où Copland exalte l’histoire des pionniers de l’Ouest américain, plusieurs musiciens revêtent un chapeau ou un bandana pour symboliser le rodéo. La chef d’orchestre sautille, les musiciens aussi, dans un rythme très enlevé et dansant.

Après l’entracte, le Cakewalk de Gottschalk orchestré par Hershy Kay est interprété avec la même énergie par l’Orchestre National de Bordeaux. Enfin, l’œuvre de Gershwin qui retrace le parcours d’un américain dans Paris, avec ce qu’il comporte de bruits urbains - les klaxons notamment - n’est plus à présenter. La popularité de cette œuvre est manifeste : on ressent un grand enthousiasme du public dès le début d’Un Américain à Paris.

D’un bout à l’autre du programme, Karen Kamensek dirige l’orchestre avec brio. Assister à une telle performance de direction nous en rappelle l’importance. Non seulement la chef communique la joie qu’elle éprouve à diriger l'ensemble, mais elle arrive à entraîner tous ses musiciens et le public sur le rythme du Sing Sing Sing de Louis Prima (composé pour le clarinettiste Benny Goodman). Pour cette dernière pièce, elle arrive en dansant sur la scène et se balance tout en dirigeant ses musiciens. Eux aussi dansent, les violonistes jouent avec leur archet, les percussionnistes font tourner leurs baguettes, les violoncellistes font de même avec leur instrument… Tous les musiciens se soulèvent en même temps sur certains accents musicaux, jusqu’à ce que quelques-uns se lèvent réellement, posent leur instrument et se mettent à danser. Karen Kamensek se retourne même pendant la pièce en claquant des doigts pour nous faire participer à ce grand moment de swing et de liberté musicale, qui montre bien à quel point la musique peut être fédératrice et nous réunir dans la joie.

****1