La nouvelle salle de l’Orchestre de la Radio Polonaise, inaugurée l’année dernière, met le Concours Chopin à l’honneur pendant le mois de novembre. Après avoir reçu Kate Liu, détentrice du troisième prix le 7 novembre, c’est le deuxième prix canadien, Charles Richard-Hamelin qui s’est produit sur la scène du NOSPR, vendredi soir pour une soirée entièrement dédiée au compositeur polonais.

Charles Richard-Hamelin © Emily Ding
Charles Richard-Hamelin
© Emily Ding

Le pianiste entre sur scène sous un tonnerre d’applaudissement. La salle est comble ; des rangs de chaises ont même été ajoutés au fond de l’orchestre pour permettre à un plus grand nombre d’assister à cette prestation tant attendue par le public polonais.

Au premier abord, on peut sembler sceptique face au musicien qui entre sur scène. Il ne semble pas très à l’aise avec sa gestuelle sur scène. Il traîne des pieds jusqu’au piano et salue de manière maladroite. Néanmoins, dès qu’il effleure les touches du piano, il semble complètement changé et on ne peut être que conquis par la grande musicalité de ce canadien.

Le pianiste interprète en premier lieu le Nocturne en si bémol majeur. On retrouve dès les premières notes la maturité et la précision qui ont tant séduit le jury. Le pianiste a en effet été salué par le prestigieux jury pour sa « personnalité pianistique au-delà de la perfection technique de son jeu ». Ces deux traits de personnalité nous sont complètement démontrés ce soir.

Le choix de l’ordre des morceaux est très judicieux : ouvrir sur un nocturne cette soirée entièrement dédiée à Chopin provoque des soupirs de satisfaction de la part du public qui est mis au parfum dès le début.

Puis le pianiste donne une version très mature de la Ballade en la bémol majeur, dansante et enjouée. Son expérience et son âge (avancé par rapport aux autres candidats du concours) est vraiment un atout donnant lieu à des interprétations très accomplies. C’est une réelle escapade qui nous est donnée ici. Le pianiste rend à merveille le contraste des nuances et emmène le public avec lui. L’acoustique, une des fiertés principales dont s'enorgueillit la salle, fait hommage au jeu du pianiste rendant les moindres nuances audibles.

Charles Richard-Hamelin enchaîne avec la Polonaise-Fantaisie en la bémol majeur op. 61 et achève la première partie avec le Rondo en mi-bémol majeur.

C’est encore la deuxième partie qui est la plus représentative du talent du Canadien. Il donne successivement les Quatre Mazurkas op. 33. C’est le genre qui semble lui correspondre le mieux, autant par l’énergie et la légèreté qu’elles requièrent tout à la fois. A peine la première mazurka se termine qu’on attend la suivante avec impatience.

La Sonate en si mineur, venant clore cette très belle soirée, est un réel succès. Le pianiste est familier de ce morceau qu’il a interprété au troisième tour du Concours Chopin. La personnalité du Canadien semble se dévoiler complètement. L’Allegro Maestoso est une bonne entrée en matière, qui laisse sa place à un Scherzo « molto vivace » absolument remarquable. La dextérité du pianiste est encore une fois mise à l’honneur. Le Finale « Presto non tanto » de cette sonate est le moment de consécration qui laisse le public suspendu aux dernières notes du pianiste.

Tonnerre d’applaudissement dans la salle, Charles Richard-Hamelin salue son public qui le remercie par une standing ovation d’une grande spontanéité. Le pianiste, loin d’être avare, comble son auditoire en donnant deux nocturnes supplémentaires, puis quitte à nouveau la scène de son même pas lourd, pour s’envoler satisfaire d’autres publics polonais.

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