Sous le vent et la neige fondue, le public bigourdan se rendait au Parvis acquittant sa promesse d’un voyage d'hiver. Le cycle de lieder Winterreise de Franz Schubert, maître incontesté du genre, était illustré par deux de ses compatriotes : le pianiste Michael Gees et le ténor Christoph Prégardien. Un peu plus tôt dans l’après-midi, Laurent Carle avait proposé quelques clefs de lectures pour cette œuvre importante du répertoire romantique et de l’histoire de la musique occidentale.

Christoph Prégardien © Marco Borggreve
Christoph Prégardien
© Marco Borggreve
Point de lumière colorée, de jeux ou de variations pour accompagner ce voyage musical. Seule une ambiance feutrée qui va crescendo jusqu’au milieu du spectacle et de nouveau decrescendo. La lumière jaune se réduit peu à peu jusqu’à ne laisser qu’une simple douche sur les deux interprètes alors que l’ombre envahit le reste de la scène avant de se résorber à la fin de la pièce. Ajouté à l’aspect intimiste de la scène du Parvis, le spectateur est invité à se plonger dans les affects et les suggestions abstraites de paysages proposées par le cycle narratif. Le vent extérieur (ou la climatisation ?) viendra jusqu’à siffler dans la salle pour un peu plus de réalisme.

Si l’articulation de Christoph Prégardien est un peu déroutante de prime abord sur les finales, il rend le moindre mot intelligible, respectant à la lettre l’idée originelle du compositeur : à chaque syllabe sa propre note. Malgré l’idéalisation et la conceptualisation nécessaires à la compréhension de ce genre de pièce, on apprécie l'expérience lyrique du ténor qui ajoute un peu de théâtralité et de gestuelle à ce qui serait resté une simple performance de salon. Sur le plan musical comme gestuel, Michael Gees reste plus en retrait, laissant toute la place au chanteur et concédant à la mélodie accompagnée plus qu’au duo malgré les nombreux motifs laissés au pianiste par la partition. On apprécie particulièrement l’expressivité du sentiment d’isolement et d’abandon successivement représentés par les lieder centraux Einsamkeit, Die Post et Der greise Kopf et mis en avant par Christoph Prégardien. Toujours délicat et sur la réserve malgré l’étirement toujours plus important de l’ambitus, seuls quelques fortissimo vraiment marqués et appuyés se font entendre sur Der stürmische Morrgen ou Auf dem Flusse. Un soin pianistique est également apporté aux figurations de la Nature notamment dans Frühlingstraum, Die Krähe et Letzte Hoffnung. Les lieder d’ouverture Gute Nacht et de fin Der Leiermann représentent bien toute la diligence et les précautions prises par les deux interprètes pour coller au plus près des volontés historiques de l’œuvre sans pour autant produire une soirée inaccessible et monolithique. Les deux artistes n’hésitent d’ailleurs pas à prendre un peu de temps de pause entre chaque morceau pour se replonger et se reconcentrer dans l’émanation voulue. Sans une ombre au tableau dans l’exécution des numéros et l’agencement du duo, le comble de l’expressivité est sans doute atteint avec Der Lindenbaum et Der Wegweiser. Quatre saluts chaudement accompagnés d’applaudissements viendront remercie cette soirée en dehors du temps.