Concert extraordinaire de l’Orchestre de la Suisse Romande qui nous présentait sous la direction de Sir Mark Elder un Beau Danube bleu en guise d’amuse-bouche, la brillante Symphonie espagnole d’Edouard Lalo servie par Renaud Capuçon, pour ensuite se délecter du roboratif Also sprach Zarathustra de Richard Strauss.

Mark Elder © Benjamin Ealovega
Mark Elder
© Benjamin Ealovega

Passé le bonbon suave mais néanmoins élégant de Johann Strauss Jr, c’est avec une certaine délectation que nous avons pu nous fondre dans l’ambiance ibérique pleine de tempérament que nous proposait Sir Mark Elder. L'occasion d'y apprécier l’influx prodigué par le chef et le son qu’il fait naître : l’Orchestre de la Suisse Romande sonne bien, très équilibré, avec des cordes sur le qui-vive, des vents expressifs, des cuivres enrobant le tout d’un rayonnement magistral. Soulignons la souplesse avec laquelle les cinq mouvements sont rendus, insufflant un lyrisme de bon aloi servant d’écrin au violon magistral de Renaud Capuçon. Le son rayonne, le discours est fin sans tomber ni dans un excès de virtuosité extérieure ou d’espagnolade forcée, ni dans un esthétisme accentué.

Le deuxième mouvement, Scherzando, est parfait dans l’idée que l’on peut se faire de l’esprit espagnol, avec son motif syncopé, le trille vif, élégant, l’ambiance est racée, comme le dévoile le ronflement de cordes graves de l’intermezzo. Et c’est dans l’Andante qu’on a le bonheur d’entendre la mélopée dans la tessiture grave du violon qui sonnera comme un violoncelle. Sir Mark Elder souligne le tout d’une battue fluide qui s’emploie à préserver les équilibres sans dénaturer ni amoindrir. De son côté Renaud Capuçon se cambre sur son violon, projette des aigus sublimes, lance des envolées superlatives dans le Rondo-Allegro. Les vents pépient, les portati sont élégants, les trilles de vrais rossignols ! Cette Symphonie espagnole a indéniablement du panache.

En deuxième partie, le fameux Also sprach Zarathustra de Richard Strauss permet d’entendre les qualités de conception de Sir Mark Elder qui réussit à maintenir cet énorme navire à flot, brillant des mille sonorités propres au compositeur, sans pour autant sombrer dans un délire d’emphase qui noie tout et engloutit les plus faibles. Le chef distille une douce somptuosité aux moments chambristes, à l’instar de l’éclosion des flûtes, surpassée par les interventions de la trompette élyséenne d’Olivier Bomprun dans « Der Genesende », avant de glisser et s’épanouir dans cette valse noble reprise par un Orchestre de la Suisse Romande classieux dans le « Tanzlied ».

Le style est impeccable, le legato est parfait, les cordes sont souples et denses et émergent sans peine de la gangue orchestrale. Les cuivres sont splendides tout en préservant les équilibres, tant est si bien que nulle saturation n’émerge mais laisse exploser la richesse et le foisonnement que Strauss porte à des sommets pour finir comme souvent par une musique qui se délite et finit sur la pointe des pieds.

Une bien belle soirée de musique.

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