Pour l’édition 2015 du Festival d’Automne à Paris, Lucinda Childs et sa troupe revisitent Available Light, chorégraphie minimaliste créée en 1983.

Aux côtés de Trisha Brown, Yvonne Rainer, ou encore Steve Paxton, Lucinda Childs est une ambassadrice de la danse post-moderne aux Etats-Unis et l’un des membres fondateurs du Judson Church Theater, un collectif de chorégraphes actifs dans les années 1960 à New York. Le Festival d’Automne revient sur cet héritage artistique incontournable de la danse, en accueillant simultanément Steve Paxton au Théâtre des Abbesses, Lucinda Childs au Théâtre de la Ville et Trisha Brown sur la scène de Chaillot.

© Craig T Mathew
© Craig T Mathew

Conçue comme une performance chorégraphique in situ, Available Light a vu le jour dans les murs du MoCA (Museum of Contemporary Art) à Los Angeles et prolonge la réflexion chorégraphique minimaliste initiée par Einstein on the Beach ou Dance quelques années plus tôt. Pour Available Light, Lucinda Childs collabore avec l’architecte Frank Gehry pour imaginer une scénographie en diptyque où des danseurs évoluent sur deux plateaux superposés l’un au-dessus de l’autre. Cette mise en parallèle de la danse, à travers un travail de l’ensemble et du contrepoint, rappelle le principe de Dance, où des interprètes sur scène dansaient en miroir de vidéos projetées sur un écran. Sur la musique de John Adams, plusieurs boucles de mouvements, très classiques, se répètent et s’entrecroisent, et forment par intermittence des figures d’ensemble entre les deux niveaux de scène. Pour réadapter cette pièce déjà vieille de plus de trente ans, John Adams a retravaillé le son de sa partition, les costumes ont été raccourcis, et Frank Gehry a reconstitué le décor pour l’intégrer sur scène.    

Si l’émergence de la forme minimaliste a considérablement marqué l’histoire de la danse, que reste-t-il aujourd’hui de cette pièce à la mise en scène si avant-gardiste, mais relativement fondamentale en termes de mouvement ? Contrairement au néo-classicisme de Balanchine ou aux travaux contemporains de Merce Cunningham, où la créativité se situait autant dans la forme que dans le geste, la danse au sens strict d’Available Light est ordinaire. L’originalité chorégraphique tient plutôt ici du format : minimalisme et mise en parallèle de danseurs et de mouvements reproduits cycliquement, qui s’enroulent et se déroulent dans des volutes sans fin. Mais aujourd’hui, la contemplation nue d’un libre jeu de formes et de couleurs mouvantes dans l’espace ne suscite plus autant l’étonnement et semble manquer un peu de relief.

Cette réadaptation de cette pièce conçue au MoCA pose surtout une réelle difficulté de principe : d’une performance chorégraphique in situ, Available Light devient une représentation. L’une des propositions les plus anticonformistes du mouvement post-moderne a sans doute été de transporter le spectacle en-dehors de scène, et de faire de la chorégraphie un événement éphémère. Available Light, ainsi ramenée dans l’écrin d’un théâtre, perd cette dimension.  

Faut-il donc apprécier Available Light pour ce qu’elle a été et voir dans cette réinterprétation un intérêt patrimonial seul ? Si l’on peut regretter qu’Available Light ne soit plus aussi insolite qu’elle l’a été autrefois, l’œuvre reste intacte dans son harmonie d’ensemble. Malgré une maitrise de la technique classique assez approximative, on peut volontiers saluer la précision des danseurs de la Lucinda Childs Company, qui forment un canevas complexe, sans jamais se voir dans ce décor à étages.

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