Dans le prolongement de sa participation aux Ateliers danse et voix, instigués par l’artiste Jeanne Balibar auprès d’amateurs de Seine-Saint-Denis, Jérôme Bel crée Gala, un spectacle plein d’humour associant des danseurs amateurs et des professionnels. Ce mélange multiculturel, bigarré et heureux est une invitation drolatique à une réflexion plus profonde sur la place de la danse dans la culture populaire et la spontanéité de son expression, à travers tous types de corps, expérimentés ou non. Cette nouvelle création de Jérôme Bel, à la portée à la fois artistique et sociale, s’inscrit dans la droite lignée de Disabled Theater (2013), une pièce qui mettait en scène des handicapés mentaux.

Jérôme Bel - Gala © Josefina Tommasi - Museo de Arte Moderno de Buenos Aires, 2015
Jérôme Bel - Gala
© Josefina Tommasi - Museo de Arte Moderno de Buenos Aires, 2015

Tout comme Disabled Theater, Gala est né d’une volonté de mettre en scène des personnes et des corps qui en sont habituellement exclus. Gala est donc un spectacle dansé par tous, amateurs et professionnels, enfants et personnes âgées, handicapés ou non. L’expérience est plus enjouée qu’émouvante, grâce à une chorégraphie à l’humour certain. Jérôme Bel ne manque pas de rappeler l’étymologie du terme d’« amateurs » comme étant « ceux qui aiment » et laisse libre au cours au plaisir et à la spontanéité de ses acteurs.

Pourtant, cet angle comique ne semble pas aller de soi de prime abord. L’ouverture du Gala montre l’ensemble des acteurs défilant un par un, pour exécuter deux pirouettes classiques et une diagonale de grands sauts. Cette entrée en matière un peu indigente, où les corps peu mobiles, maladroits, parfois en surpoids, s’affrontent à la technique, aux côtés de professionnels chevronnés, rend le rire incommode. Entre grâce et disgrâce, les amateurs semblent être tournés en dérision à leurs dépens, plongeant le public dans l’hilarité puis une certaine culpabilité. Mais cette gêne disparaît ensuite, avec l’enchaînement de tableaux plus populaires qui dégrossissent sans tarder les états d’âme.    

S’ensuivent alors différents morceaux, annoncés sur un petit tableau au devant de la scène : « Valse », « Improvisation en silence tous 3 minutes », « Michael Jackson », « Saluts », « Dalida », « Solo » et « Compagnie Compagnie », un amusant moment où différents acteurs improvisent tour à tour un solo tandis que le reste de la troupe cherche à les imiter. Jérôme Bel convie la culture grand public dans son spectacle, dont la forme même de gala est populaire. Toutes sortes de musiques accompagnent la danse, de la Grande Fugue de Beethoven à Billie Jean, en passant par Freed From Desire. Le gala, tient souvent plus de la démonstration de savoir-faire que de la création artistique, avec une composition en séquences n’ayant pas toujours une cohérence d’ensemble. Jérôme Bel s’attache à cette structure, sans oublier la dimension festive du gala. Le résultat est donc hétéroclite, volontairement inégal, multiculturel et coloré, et ponctue sympathiquement la démarche sociale initiée par les Ateliers danse et voix.