La danseuse et chorégraphe sud-africaine Dada Masilo présente en décembre sa nouvelle création Giselle au Théâtre de la Villette. Dans la lignée de ses précédentes chorégraphies Swan Lake, Romeo and Juliet, Carmen ou encore Death and the Maiden (La Jeune Fille et la Mort), Dada Masilo revisite une fois de plus un grand chef d’œuvre classique en l’ancrant dans la société sud-africaine contemporaine et en donnant une résonance particulière à ses maux : société patriarcale, machisme, homophobie, sida, mariages forcés, alcoolisme. Ultra-féministe, cette transposition de Giselle par Dada Masilo fait retentir la souffrance et le courroux d’une femme au rythme des tambours africains et des chants zoulous et lui offre un dénouement revanchard particulièrement jubilatoire.

Dada Masilo, <i>Gisele</i> © Stella Olivier
Dada Masilo, Gisele
© Stella Olivier

Ballet romantique créé à Paris en 1841, Giselle raconte le destin funèbre d’une villageoise courtisée par un prince, qui l’éconduit pour faire un mariage de raison. Trompée et abandonnée, Giselle sombre dans la démence et meurt frappée de douleur à la fin du premier acte. Un deuxième acte, en blanc, met en scène Giselle au royaume des Wilis – fantômes diaphanes de jeunes femmes qui dansent la nuit – et sa rencontre nocturne avec le prince venu se repentir sur sa tombe. Un acte de clémence, où Giselle choisit de pardonner et d’épargner le prince hanté par les Wilis.

Dada Masilo, née à Soweto, met en scène un village africain où les femmes accroupies agitent leur traditionnel balai de fibres de cocotier et jacassent dans un joyeux mélange de zoulou et d’anglais. Le langage chorégraphique de Dada Masilo puise dans la danse africaine, avec de typiques martèlements de pieds percussifs combinés à une danse libre et agile du haut-du-corps. Dada Masilo, dans le rôle de Giselle, est immédiatement remarquable par sa tonique virtuosité.

Sont aussi représentés le machisme des hommes, la mère alcoolique de Giselle, qui fait écho aux problèmes de dépendance dans les townships sud-africains, les amours arrangées entre Giselle et un benêt issu de sa communauté, qui évoquent le mariage forcé, et surtout le poids du jugement de la communauté. Lorsque le village découvre la folle liaison entre Giselle et le prince parjure, Giselle est mise à nue et rudoyée par les siens avant de s’écrouler sous leurs regards impitoyables.

Encore plus détonnant, le second acte n’est pas un acte blanc mais un acte rouge, où Giselle voit réellement rouge. Il s’agit de l’acte de la revanche, où Dada Masilo nous signifie que les destins ne sont pas écrits. Des Wilis androgynes, vêtus de jupons rouges à la façon des divinités animistes, envahissent la scène et font passer un mauvais quart d’heure au prince contrit. Pour Giselle aussi, l’heure d’une bonne vengeance a sonné et au lieu d’être cette fée poétique et clémente, elle se révèle un démon qui non seulement ne pardonne pas, mais administre une bonne correction au prince avec un fouet et – lorsqu’on pensait les torts du goujat finalement expiés – quitte encore la scène en le piétinant. Une belle leçon de vie, signée Dada Masilo.

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