Le Lac des Cygnes dans la chorégraphie de Rudolf Noureev est de retour à l’Opéra Bastille. Contrairement à la précédente production qui distribuait beaucoup de jeunes artistes, cette reprise est portée par des artistes plus confirmés, parmi lesquels s’illustrent tout particulièrement le sublime duo formé par Myriam Ould Braham et Mathias Heymann.

Myriam Ould-Braham et Mathias Heymann © Svetlana Loboff | Opéra national de Paris
Myriam Ould-Braham et Mathias Heymann
© Svetlana Loboff | Opéra national de Paris

On ne saurait se lasser de l’univers romantique du grand chef d’œuvre du ballet russe, créé en 1895 par Marius Petipa et Lev Ivanov, sur la bouleversante partition de Tchaïkovsky composée quelques années plus tôt. Si la légende de la princesse-cygne inspirée des mythologies slaves et scandinaves est aujourd’hui perçue comme un chef d’œuvre incontournable du ballet, elle n’a pourtant jamais été dansée dans son intégralité à l’Opéra de Paris avant la seconde moitié du XXème siècle. En 1960, Vladimir Bourmeister créa ainsi la première production du Lac des Cygnes à l’Opéra de Paris, dans une version grandiose et colorée, au dénouement heureux. En 1984, Rudolf Noureev chorégraphia à son tour Le Lac des Cygnes. Plus sombre et plus en nuances, cette réinterprétation du ballet donne une épaisseur psychologique nouvelle aux personnages, notamment celui du Prince Siegfried, et réaffirme les codes romantiques grâce à une esthétique plus pure, plus aquatique, et plus onirique.

Myriam Ould-Braham, Mathias Heymann et le corps de ballet de l'Opéra national de Paris © Svetlana Loboff | Opéra national de Paris
Myriam Ould-Braham, Mathias Heymann et le corps de ballet de l'Opéra national de Paris
© Svetlana Loboff | Opéra national de Paris

La première de cette nouvelle série de représentations est avant tout portée par l’harmonie entre deux interprètes époustouflants, tant sur le plan artistique que technique. Avec cette grâce éthérée qui en avait fait l’interprète inoubliable de La Source, Myriam Ould-Braham est un Cygne évanescent et émouvant dans les actes en blanc. Son cygne noir, très froid, s’affirme avec supériorité dans des variations de très haut niveau et bravement affrontées. A ses côtés, Mathias Heymann fait preuve également d’une élégance féline, précis dans les mouvements de bras et littéralement aérien dans les sauts. Sa technique sans pareil va de pair avec un sens de l’interprétation subtil, en parfait écho avec sa partenaire.

Le corps de ballet est cependant plus discordant. De nombreuses petites erreurs, et même une chute malencontreuse, émaillent les ensembles. Les placements serrés semblent entraver la troupe, le manque d’espacements créant parfois des encombrements bien visibles sur scène. Quelques danseurs ou danseuses sortent du lot, tels que Sae Eun Park et Fabien Révillon, mais soulignent aussi les irrégularités du groupe.

Myriam Ould-Braham et Karl Paquette © Svetlana Loboff | Opéra national de Paris
Myriam Ould-Braham et Karl Paquette
© Svetlana Loboff | Opéra national de Paris

Comme souvent dans les ballets classiques, et plus encore ceux de Noureev, Le Lac des Cygnes comporte de nombreuses variations pour les seconds rôles. Karl Paquette, dans le rôle du maléfique Rothbart, n’a pas l’éclatante grâce de Mathias Heymann mais déploie cependant une puissante présence scénique. Le Pas de Trois enlevé du premier acte est dansé avec adresse par le trio François Alu, Léonore Baulac et Hannah O’Neill, le premier brillant comme toujours par ses sauts hors norme, la seconde par une véritable élégance et la dernière, quoique plus en retrait, par une technique affirmée. L’emblématique danse des Quatre Petits Cygnes est soigneusement interprétée par Eléonore Guérineau, Séverine Westermann, Alice Catonnet et Aubane Philbert. En contrepoint, les Quatre Grands Cygnes, dansés par Héloïse Bourdon, Fanny Gorse, Sae Eun Park et Ida Viikinkoski, est moins uniforme, le travail plus mûr de Sae Eun Park contrastant avec la plus faible ampleur d’Ida Viikinkoski.