Foule des grands soirs au Victoria Hall de Genève pour l'ouverture de la série « Symphonie » de l’Orchestre de la Suisse Romande. Pour débuter — en guise de hors-d’œuvre — le fameux Concerto pour piano en la mineur de Robert Schumann, avec Alexander Gavrylyuk en soliste.

Cornelius Meister © Marco Borggreve
Cornelius Meister
© Marco Borggreve

Dès l’introduction, on est saisi d’admiration pour ce chef qui dirige sans partition ! Ce qui pour Schumann passe encore, mais sera beaucoup plus exceptionnel dans la Septième Symphonie de Bruckner…

Dès les premières phrases, on reste béat devant ce murmure des violons et la douceur des violoncelles. Le chef aura certainement beaucoup travaillé les phrasés des cordes pour obtenir tant de nuances, tant d’effets de soufflet, presque « à la baroque » : le son attaqué piano, dolce, se gonflant, pour ensuite revenir à la nuance initiale ! Emotion garantie !  

Alexander Gavrylyuk © Mika Bovan
Alexander Gavrylyuk
© Mika Bovan
Le deuxième mouvement fut un bonheur de phrasés aux violoncelles, Stefan Rieckhoff, soliste du pupitre, emportant toute son équipe dans une merveille de legato et de sensibilité ! Bravo !

Le troisième mouvement fut également un bonheur, même si on peut regretter que la technique magistrale d’Alexander Gavrylyuk, qui fit sensation dans l’intégrale des Concertos de Rachmaninov jouée ici même il y a peu, rende la musique de Schumann un brin anecdotique, son beau piano n’ayant pas le legato et le romantisme schumannien dont nous avait gratifié Martha Argerich la saison précédente, sous les mêmes cieux dorés…

C’est avec la Symphonie n° 7 de Bruckner que la magie perçue à l’orchestre dans la première partie donna tout son sens aux mots  « professionnalisme et engagement musical des musiciens ». En effet, dès les premières mesures, on reste « scotché » par les phrasés subtiles des violons sur toute la gamme des nuances.

Les interventions solistes de Stephan Jeandheur à la trompette et Jean-Pierre Berry au cor offrent une musicalité infinie dans ce romantisme exacerbé de la musique de Bruckner atteignant son apogée, en fin de premier mouvement, par cette montée wagnérienne magistrale aux cuivres et ces motifs de flots aux cordes qui font tant penser au « Voyage sur le Rhin » du Crépuscule des Dieux ! 

L’Adagio fut sublime avec ces cuivres d’une homogénéité incroyable, ces derniers se faisant par la suite pléthoriques dans le palpitant Scherzo suivant. Sous la direction subtile de Cornelius Meister, l’orchestre montre un plaisir évident à offrir beaucoup de nuances et, comme rarement, un bel équilibre entre cuivres et cordes, les premiers n’écrasant pas les sons des seconds qui, du coup, peuvent offrir une grande palette de couleurs.

Le Finale se fit tout d’abord mutin puis, dans un grand crescendo de cordes, dont on sent toute l’emprise de la musique de Wagner sur son temps, on songe de nouveau aux plus belles pages du maître de Bayreuth. L’émotion ira grandissante à voir tant d’individualités au service de la musicalité et visiblement heureux d’être sous la baguette d’un chef qui aura su donner du relief à cette grande œuvre. Certainement aura-t-il aussi bénéficié d’un répertoire bien connu de l’Orchestre de la Suisse Romande qui l’a beaucoup interprété et enregistré sous la direction experte de Marek Janowski, grand connaisseur de ces musiques sublimes et chef exigeant : le travail, au fil des années, a façonné un bien bel orchestre !