Foule des grands soirs ce vendredi au Victoria Hall dont on pressentait l’envie de découvrir ce nouveau chef titulaire de l’Orchestre de la Suisse Romande. Jonathan Nott, élu par plus de 92% des musiciens de l’orchestre, a opté pour un programme hommage à l'occasion de son intronisation. Beau parcours musical sur le papier, tout entier tourné sur la matrice originelle de l’Orchestre de la Suisse Romande, d’Ansermet à Armin Jordan en passant par Charles Dutoit : Ravel avec sa Rhapsodie espagnole, son Concerto en sol majeur pour piano et orchestre, ainsi que les Images de Claude Debussy.  L’idée est charmante, qui plus est, associée au pianiste français Pierre-Laurent Aimard

Jonathan Nott © Thomas Muller
Jonathan Nott
© Thomas Muller

Les beaux aplats lancinants du début de la Rhapsodie espagnole offrent à entendre un orchestre attentif, dont on note la suavité des cordes, la douceur des attaques, la qualité des vents. Le chef dirige avec beaucoup de sobriété, sans pour autant tomber dans une aridité délétère et on ressent le plaisir de l’orchestre à interpréter ces musiques colorées.

Chatoiement de l’Allegramente du Concerto en sol majeur de Ravel : cette pièce convient parfaitement aux vents de l’orchestre qui saisissent l’opportunité de parer chacune de leurs interventions chambristes d’autant de couleurs subtiles et bigarrées que l’œuvre en recèle. A noter la belle intervention de la harpiste Notburga Puskas qui fait songer aux ambiances iodées de Britten et ses Christmas Carols ou autres Interludes de Peter Grimes... 

Malgré le beau et subtile discours de Pierre-Laurent Aimard, on regrettera parfois un piano un peu en deçà, embrumé, suivant plus que ne suscitant. Le mouvement lent fit son effet, simple, ne sombrant pas dans la nostalgie. C’est avec la flûte stratosphérique de Sarah Rumer que le frisson vint : distillant un phrasé subtil, sa flûte se fit boisée et colorée dans les graves pour paraître diaphane et élyséenne dans ses aigus. On soulignera le moment de grâce qu’offrit Alexandre Emard au cor anglais avec une phrase étirée à l’envi et dont le lyrisme aura imposé un moment d’intense musicalité, relayé par un aplat de cordes magnifique dans son pianissimo.

Le Presto fut bien envoyé, riant et chaleureux. Soulignons les charmes d’une direction qui aura relevé l’esprit piquant de la pièce et bien rendu les équilibres entre instrumentistes, en regrettant seulement un piano un peu pâle de Pierre-Laurent Aimard dont le bis de Boulez n’aura pas démenti cette impression.

En deuxième partie de concert Jonathan Nott nous a offert les Images pour orchestre de Claude Debussy. Œuvre sensible, impressionniste, elle relève d'une alchimie particulière : sensibilité, esprit, science des couleurs, opulence des timbres.

Les Gigues furent rendues solaires, avec un hautbois qu’on aura senti marchant sur des œufs et quelques forte à l’orchestre un brin saturés. Le chef offrira néanmoins des ambiances raffinées, mesurées, aidé par des vents onctueux, nuancés, des cordes crépusculaires, tout ce petit monde offrant un bel équilibre à une œuvre qui ne décollera malheureusement pas vraiment.

Bien sûr, le tout est musical, en place évidemment, mais la sauce ne prendra pas. Il manque le relief de la poésie, tout est palpable, on ressent l’ossature, les contours ne sont peut-être pas assez ombragés. On ne peut qu’invoquer Ansermet et ses enregistrements, et plus près de nous, Armin Jordan, qui portaient Debussy aux nuées. Evidemment, suite au concert exceptionnel donné la semaine précédente sous les mêmes ors par Maestro Vasily Petrenko, la barre était haut placée, le sol glissant et verglacé.

Ainsi donc, un beau concert dont on ressort avec autant d’interrogations que lorsque nous sommes arrivés. L’Orchestre de la Suisse Romande est dans une période faste avec des vents qui sonnent merveilleusement bien, des cordes qui peuvent montrer une grande homogénéité, des cuivres qui recèlent des trésors et notamment de jeunes talents, on n'attend plus qu’un chef élève le niveau de chaque concert, et porte avec conviction des musiques qui transmettent l’énergie et l’émotion au public. Wait and see…

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