Composée en 1812 par le jeune Rossini (1792-1868) tout juste âgé de 20 ans, L’occasione fa il ladro est une burletta ou petite farce où l’on sourit souvent. Elle cache cependant une réelle profondeur sur les questions de l’amour et de belles prouesses techniques.

Dès l’entrée en scène du chef d’orchestre, Enrique Mazzola, le côté bouffe est souligné. Tirant une petite valise noire – du même type que celle qui sera ensuite échangée entre Parmenione et Alberto, il s’arrête devant le pupitre et en sort, comme un magicien tirant de son chapeau un lapin, sa partition et sa baguette. Le style de la soirée est donné.

Enrique Mazzola © Miquel Perales / Askonas Holt
Enrique Mazzola
© Miquel Perales / Askonas Holt
Rossini reprend dans cette opérette des classiques du genre : une auberge près de Naples, lieu récurrent de rencontres depuis Goldoni (1707-1793), un échange de valises qui entraîne une usurpation d’identité – on songe alors aux Noces de Figaro ou à la Finta giardiniera où les marquises se transforment en servantes et vice versa. Procédé repris également ici puisqu’à l’usurpation d’identité du comte Alberto par Parmenione se double un échange entre Bérénice et Ernestina, la première souhaitant sonder les sentiments de son fiancé en l’observant à sa guise, déguisée en une autre. Je est un autre…

La musique de Rossini s’inscrit également dans la tradition de Mozart : tout au long de l’œuvre, elle oscille entre accents mozartiens  - on songe par exemple au dîner de Don Giovanni lors de la première scène de cette opérette où la grogne monte du côté du serviteur transi - et trouvailles rossiniennes.

Cette version de L’occasione fa il ladro, quoiqu’en version concert, permettait de découvrir les différentes facettes des chanteurs. Ainsi Bruno Taddia campe un Parmenione habile et fourbe, tant dans les paroles que dans le comportement. La voix est belle - sans toutefois s’imposer face à Yijie Shi (Alberto) - et l’air chafouin s’inscrit dans le caractère bouffe de la pièce. Toutefois on peut regretter un jeu théâtral monolithique. Yijie Shi (Alberto) se revêt des habits du ténor rossinien sans peine, s’imposant tant par sa voix et son timbre de ténor léger, que par les sentiments qui l’animent. Son amour pour Berenice (Desirée Rancatore) le transforme, tout comme sa colère contre l’usurpateur.

Désirée Rancatore © Nicola Allegri
Désirée Rancatore
© Nicola Allegri
Désirée Rancatore était, avec Yijie Shi, la révélation de la soirée : sa colorature chaude, son sens de la comédie – tour à tour jeune fille hésitant sur son mariage futur, malicieuse lorsqu’elle décide de piéger son fiancé en se faisant passer pour une autre, décidée et en colère lorsqu’elle démasque l’imposteur par une série de questions... Elle s’impose également par une réelle présence scénique et une maîtrise parfaite des vocalises auxquelles elle prend en outre un plaisir évident. Son duo amoureux avec Yijie Shi, dans la pudeur des sentiments naissants, se révèle magnifique et mémorable.

Sophie Pondjiclis interprète une Ernestina qui se laisse prendre au jeu et tombe sincèrement amoureuse de Parmenione. Son interprétation parfois volontairement coquine participe au côté bouffe de l’ouvrage tandis que sa voix livre de beaux passages.

L’orchestre, dirigé par un Enrique Mazzola virevoltant, suit le rythme trépidant de l’ouvrage, couvrant malheureusement parfois certaines voix un peu faibles. Il rend parfaitement les différents moments de l’œuvre, véritable tempête musicale au début, plénitude amoureuse lors des rencontres, et duel lors du face-à-face entre Berenice et Parmenione.

Cette farce en musique se révèle plaisante, féministe avant l’heure par la volonté qu’éprouve Berenice de tester incognito l’homme auquel son père l’a destinée, mais ne convainc pas complètement.

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